Lundi 8 Avril 2019

Il peut sembler artificiel de rapprocher les personnes et les situations toxiques. Nous allons cependant nous y risquer.

Il suffit, certes, de l’arrivée d’une ou de plusieurs personnes malveillantes dans un lieu, pour qu’une situation globalement bonne devienne « toxique », par le fait de leur personnalité et de leur mode de relation. Les personnes toxiques s’avancent plus ou moins longtemps « masquées » jusqu’à créer une situation de souffrance intolérable. Il n’est pas toujours possible de nous extraire de cette situation qu’elle soit d’ordre professionnel, familial ou même amical.

Au début du numérique, après un apprentissage simple, nous pouvions nous réjouir de cet outil et des progrès à venir. Le temps a passé et tout s’est compliqué. La fréquence et le type de pannes crée une situation toxique pour l’activité et le vécu de l’utilisateur.

Personne, d’un côté, technologie, de l’autre, nous sommes confrontés à des situations toxiques dont il est difficile de s’extraire.

La situation toxique crée l’insécurité, un mal-être, un état anxiodépressif.

L’alcool – ne l’oublions pas – est un toxique qui abime les personnes aussi bien qu’il pourrit les situations. En même temps, il est souvent un symptôme : il y a urgence à assainir une situation, essentiellement en simplifiant l’équation du sujet. Il devient parfois nécessaire d’abandonner un investissement professionnel quand il se révèle trop pénible ou incompatible avec d’autres implications, notamment familiales.

Nous devons nous poser la question de notre compatibilité avec des personnes toxiques. Par manque de confiance en soi, par naïveté ou excès de gentillesse parfois, ou par sa position personnelle face à une figure d’autorité ou un faux ami, quelqu’un peut se laisser enfermer dans une relation toxique.

Savez-vous, aujourd’hui, identifier une personne ou une situation toxique ? Comment ? Et comment parvenez-vous à vous en éloigner ?

 

Lundi 1er avril 2019

 

Les conflits sont malheureusement une règle relationnelle. Je dis « malheureusement » car, comme beaucoup d’autres, je n’aime pas les conflits. Pour autant, comme beaucoup d’autres, j’ai mes propres opinions sur un certain nombre de questions. Je les ai élaborées dans la réalité des confrontations. J’ai pris le temps de les construire. J’en admets le caractère imparfait et évolutif. J’aimerais, en retour, que mes interlocuteurs partagent le même état d’esprit. Il m’est par conséquent pénible de devoir supporter des attitudes d’intolérance, d’indifférence ou d’incompréhension.

Sans doute, ne faut-il pas rêver à des relations toujours harmonieuses mais tout de même. Si je ne me contrôlais pas, je serais très souvent en conflit. Je dois faire taire mon esprit critique pour ne pas susciter en retour une agressivité que je ne souhaite pas. Il faut cependant admettre la faiblesse du niveau de tolérance de la plupart de nos interlocuteurs. Nous devrions obligatoirement penser comme eux ou du moins éviter de les contredire. Cette situation aboutie à un vécu de censure et à un sentiment de solitude particulièrement lourd. Quelle marge de manœuvre est-il laissé à un non violent, spontanément disposé à entendre d’autre point de vue que les siens, tout en étant décider à faire valoir ses arguments ?

Une première attitude, d’ordre général, consiste à sélectionner les personnes aptes à un dialogue authentique, si possible fondé sur l’expérience. Comment se déterminer face au large cercle de ceux qui ne répondent pas aux conditions d’une relation sereine ? Nous avons le choix entre l’évitement pur et simple, entre une attention distraite, de convenance. L’absence de réponse peut  prendre la forme d’une diversion, d’un hors sujet, qui manifeste notre refus d’engager la conversation sur des bases déplaisantes. Le recul pris, surtout en cas de bavardage en groupe, permet parfois des répliques qui font tourner court une conversation insupportable. Nous pouvons également nous retirer visiblement de la relation, sans aller jusqu’à la muflerie d’un Francis Blanche expliquant à son hôtesse que s’il baillait ce n’est pas pour cause de sommeil mais seulement parce qu’il s’ennuyait.

Le dépassement d’un conflit suppose un minimum d’honnêteté intellectuelle et de calme. Si la mauvaise foi et les arrières pensées dominent, le choix est entre la dénonciation argumentée ou le mépris.

Il n’est pas nécessaire, sauf caractère vital, de perdre du temps et de l’énergie dans un conflit reposant sur de telles bases.

La notion de conflit est associée à celle d’arbitrage. L’expérience montre qu’un point de vue minoritaire reçoit rarement le secours d’un jugement équitable. Aussi, la méfiance envers les arbitrages est-elle légitime.

Le positionnement ci-dessus présenté est celui de l’évitement. Peut-être est-il entaché d’une forme de lâcheté ? Je précise que mon évitement face au conflit ne correspond pas à un sentiment d’infériorité. Il reflète du lâcher-prise, de l’incompréhension face à l’intolérance et à la bêtise, de la tristesse, devant l’impossibilité de se faire entendre et, parfois, un discret mépris.

Avez-vous l’expérience de résolutions de conflit satisfaisantes ?

 

 

Lundi 25 Mars 2019

 

Un couple s’est constitué depuis peu et la femme risque de le mettre à mal par un sentiment de jalousie manifestement pathologique. Soit, cela renvoie à une insécurité forte, préexistante, qui n’a rien à voir avec son partenaire, soit cela correspond à une façon de fonder une relation sur l’emprise et, dans une certaine mesure, c’est pire car ce sentiment fonde la relation sur un sentiment d’insécurité et de dévalorisation partagé.

Soit le manque de confiance est justifié et le sentiment éprouvé correspond à un vécu de trahison, soit le sentiment de jalousie correspond à une faille narcissique.

La peur de perdre l’autre n’est pas de la jalousie. C’est une douleur qui rend compte de son importance vitale pour son propre équilibre. La douleur peut se compléter de la crainte pour l’autre si le sujet qui menace d’être abandonné sait qu’il connaît et aime son partenaire mieux que tout autre.

La jalousie convient aux personnes, l’envie aux choses.

Nous avions déjà discuté de la jalousie lors de deux précédentes réunions. En septembre 2014, l’AREA n’avait pas encore été secouée par des crises et les interlocuteurs qui l’ont quitté participaient sans arrière-pensées. En voici des extraits.

« La jalousie est un sentiment complexe avec lequel l’alcool interfère souvent.

La jalousie peut exprimer des troubles interprétatifs. Elle peut se manifester aussi hors de tout cadre relationnel, se rapprochant de l’envie. L’absence totale de jalousie peut être considérée comme une absence d’intérêt pour l’autre, estimé alors interchangeable.

Il existe des jalousies subtiles et révélatrices de sentiments profonds. Je revoyais récemment « Emma, » incarnée de façon crédible par Gwyneth Paltrow. C’est la présence d’un « rival » qui fait prendre conscience à chaque élément d’un « couple naturel », constitué sur la base d’une relation de voisinage ancienne, de la force et la profondeur des sentiments respectifs.

La jalousie ne s’exerce pas seulement au sein des couples. Elle se décline au sein des familles, dans les relations parents/enfants, au sein d’une fratrie, voire dans une entreprise.

À une époque marquée par l’instabilité des couples et l’évolution de la condition masculine et féminine, quelle est la place et quelle est la fonction de la jalousie ?

 Les répliques ci-dessous son indifférenciées.

 

  • Existe-t-il un véritable amour sans jalousie potentielle ? 1968 a dévalué le sentiment de jalousie. La jalousie peut naître du sentiment de ne pas partager des choses importantes avec la personne aimée.
  • Ma jalousie avait à voir avec le sentiment d’insécurité et les problèmes d’attachement que j’ai connus, petite. L’antidote est la confiance fondée.
  • Jalousie et envie sont proches. La jalousie naît du sentiment de toute puissance quand la maîtrise de l’autre se perd. L’alcool décuplait le besoin de manipulation, plus encore qu’il ne renforçait la jalousie.
  • Celle ou celui qui joue du pouvoir qu’il a sur l’autre par la jalousie a une pratique « manipulatoire, malsaine et pathologique », dont il peut d’ailleurs faire les frais, après avoir suscité des dommages.
  • La jalousie est comme une blessure taillée dans le vif. Elle est un poison de l’amour et de la tranquillité de l’esprit. Créer la jalousie est un dommage grave envers autrui
  • Je fonctionne sur le principe de la confiance, du respect et de l’exclusivité dans le domaine affectif. Cette sécurité de base adulte permet de développer de très bonnes relations à caractère amical dépourvues d’ambiguïté. Quand la relation affective s’est nourrie pendant des années d’un attachement actif, du don renouvelé et attentif du meilleur de sa personne, la remise en cause brutale du lien créé, avec la menace de la perte, fait naître le sentiment d’une catastrophe. Le (ou la) rival(e) est alors perçu(e) comme un agent de destruction. Le sentiment suscité n’est pas forcément de la jalousie. Il s’agit plutôt d’une douleur sans nom. Les personnalités narcissiques peuvent être jalouses par dépit, par vanité écorchée, mais elles ignorent ce qu’est cette douleur proche de l’anéantissement, peut-être parce qu’elles ignorent ce qui s’appelle aimer. La séduction gratuite embellit le quotidien de tous. Elle commence par un sourire de politesse. Il est possible d’exercer ce pouvoir sans ambiguïté, avec légèreté, indépendamment du sexe.
  • Avoir été « trahi », ou même « mis en compétition », signifie qu’à un moment on n’a plus existé pour l’autre.
  • La jalousie n’équivaut pas toujours à une pathologie du lien. Elle témoigne d’une mise en tension du lien.
  • La jalousie renvoie au doute et à l’insécurité.
  • La jalousie de la mère pour la fille se retrouve dans les Contes sous la forme de la marâtre.
  • Grandir consiste à prendre en compte la vulnérabilité de l’autre, en ayant souci de le protéger de l’insécurité. Quand le lien s’est construit, le partenaire doit une grande partie de sa force à ce qu’il a incorporé de vous. Si vous vous retirez, vous l’assassinez, en quelque sorte. Ce phénomène ne joue pas pour les personnalités narcissiques. L’autre reste une prothèse ou une béquille, un objet.
  • La difficulté est que l’arrêt de l’addiction ne supprime pas les difficultés à construire une relation qui se nourrit de l’autre, tout en le respectant.

Le second thème avait été proposé par Bénédicte pour une réunion du jeudi. Par souci de concision, je reproduis des extraits de son thème car cela donne un autre éclairage ?

 « La jalousie peut se définir comme « la crainte de perdre ce que l’on croit posséder. » Elle se rapproche de l’envie qui « est liée à la souffrance de voir quelqu’un d’autre posséder ce que l’on voudrait pour soi. » Elle tend à inhiber la spontanéité et la souplesse psychique dans la vie quotidienne et la vie relationnelle.

Elle est souvent attribuée au cadre de la relation amoureuse, mais en réalité on peut élargir cette notion à toutes les formes d’amour dès lors qu’une forme d’attachement est présente (amoureux, amical, fraternel, familial, filial…). Dans la relation amoureuse, la jalousie se rapporte à l’amour qui permet de s’aimer soi dans l’amour que l’autre nous porte, cet autre qui sert de support à la construction narcissique et à l’image de soi.

Le jaloux fait face à des luttes intérieures épuisantes psychiquement. … Le sujet veut être tout pour l’autre et veut tout de l’autre. Mais si autrui désire ou investit quelque chose qui ne se rapporte pas au jaloux, échappe à son contrôle, ce dernier est confronté à son insuffisance à satisfaire autrui. Le jaloux peut alors se montrer intransigeant, intrusif, pressant, harcelant. Il ressent l’indépendance d’autrui comme une preuve d’éloignement, ou encore d’abandon, de rejet, voire de trahison.

 Comment vivez-vous la jalousie ? La jalousie est-elle un état affectif forcément pathologique ? Où se situe la jalousie dans les périodes avant, avec et sans alcool ? 

Vous avez du grain à moudre !