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Lundi 3 Février 2020

Maylis, une ex-étudiante, propose une version courte à un questionnaire de personnalité. Je pense que nous pouvons le soumettre, en l’état, au groupe de parole. Elle obtiendra ainsi un lot de réponses dont elle se servira pour son travail, tout en respectant comme il se doit l’anonymat. Elle aura d’emblée la parole pour expliciter le contexte de sa demande.

Vous pourrez intervenir à deux titres et cette adresse concerne aussi les adhérents ayant eu des problèmes avec l’alcool. Ils peuvent m’envoyer leurs réponses. Je les lui transmettrai en respectant l’anonymat.

Vous pourrez répondre au questionnaire et, en second lieu, dire s’il vous a aidé à mieux vous connaître et ce que vous pensez des questionnaires en général dans la démarche de psychothérapie alcoologique.

Je pense qu’il serait intéressant que Maylis dispose de nombreuses réponses pour nous dire les enseignements qu’elle a en retiré pour la pratique clinique.

 

Le questionnaire … en question.

 

Les questions qui suivent sont destinées à évaluer certains aspects de la personnalité. Il est important de les remplir entièrement, même si plusieurs questions paraissent très éloignées de vos préoccupations ou si vous trouvez que plusieurs d’entre elles se ressemblent.

Nous avons bien conscience que certaines réponses peuvent varier en fonction du contexte (par exemple si vous êtes en famille, avec des amis ou au travail) ; dans ce cas, il faut se représenter une situation « moyenne » en se posant la question : « au fond, est-ce que, en général, je pense plutôt comme ceci ou comme cela ? ». En cas d’ambiguïté, vous pouvez toutefois apporter des précisions par écrit, au – dessous de la question.

 

1 Pas du tout d’accord / 2 Plutôt pas d’accord/ 3 Ni d’accord, ni pas d’accord / 4 Plutôt d’accord / 5 Complétement d’accord

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

1- Les gens me trouvent parfois détaché(e) ou distant(e).

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

2- Il m’est déjà arrivé d’avoir la sensation de sentir une force ou une présence auprès de moi, alors même que j’étais tout(e) seul(e) à ce moment-là.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

3- Les gens font parfois des commentaires sur mes comportements ou certaines de mes manières qu’ils trouvent inhabituelles.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

4- Je suis parfois convaincu(e) que d’autres personnes seraient capables de dire ce que je suis en train de penser.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

5- J’ai déjà remarqué que certains objets ou certaines situations banales peuvent avoir une signification spéciale pour moi.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

6- Certaines personnes pensent que je suis quelqu’un de très bizarre.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

7- Je sens que je dois rester sur mes gardes même avec mes amis.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

8- Certains me trouvent parfois vague ou peu clair(e) lors

des conversations.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

9- Je relève souvent des remarques dépréciatives ou des menaces cachées dans ce que les gens disent ou font.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

10- Lorsque je fais mes courses, j’ai le sentiment que les gens me remarquent.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

11- Je me sens très mal à l’aise dans les situations où je suis en présence de gens que je ne connais pas.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

 

12- J’ai déjà eu des expériences particulières en rapport avec l’astrologie, la divination, le contact avec d’autres êtres, les perceptions extrasensorielles, ou tout simplement j’ai le sentiment d’avoir un sixième sens.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

13- Il m’arrive d’utiliser les mots de manière inhabituelle.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

14- Je pense qu’il vaut mieux que les gens n’en sachent pas trop sur moi.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

15- J’ai tendance à me tenir en retrait dans les situations sociales.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

16- Il m’arrive d’être subitement distrait(e) par des sons lointains auxquels je n’accorde normalement aucune attention.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

17- Je dois souvent rester vigilant(e) pour que les gens n’abusent pas de ma confiance ou de ma bonne volonté.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

18- J’ai le sentiment qu’il ne m’est pas possible d’être proche des gens.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

19- Je suis quelqu’un de bizarre ou d’assez spécial(e).

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

20- Je trouve difficile de communiquer clairement aux autres ce que j’ai envie de leur dire.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

21- Je me sens très mal à l’aise quand je parle à des gens que je ne connais pas bien.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

22- J’ai tendance à garder mes sentiments pour moi.

Précision : …………………………………………………

☐ ☐ ☐ ☐ ☐

1   2   3  4  5

 

 Lundi 27 Janvier 2020

Il me revient le refrain d’une chanson d’Eddie Constantine, un chanteur franco-américain, des années 60 : « Dans ce cas-là, je garde mon sang froid… ».

Nous vivons une époque agitée et trépidante et nous rencontrons, à tous moments, des humains « au bord de la crise de nerf ». Les substances psychoactives disponibles sur le marché ne manquent pas d’ajouter leurs apaisements/renforcements spécifiques. La simultanéité des sollicitations quotidiennes et leur caractère anarchique créent un climat de tension. S’ajoutent les problèmes, petits ou grands, prévisibles ou reportés mais souvent inattendus qui perturbent la moindre de nos journées. Nous sommes entourés de personnes anxieuses, dépressives, artificiellement enjouées, mécontentes, parfois dominatrices, inquisitrices, agressives ou tout simplement mal élevées. L’agressivité est l’arme des personnes démunies. Elle est contagieuse comme la peur. Certaines professions y sont plus confrontées que d’autres.

Il est impératif, dans un climat de tension, particulièrement marqué en milieu urbain, de garder, autant que possible, son sang-froid.

Comment y parvenir ?

Chacun pourra exprimer ses difficultés propres et les solutions qu’il a adopté et qui ont fait leurs preuves.

Je vous en livre quelques-unes, telles qu’elles me viennent.

J’essaie, systématiquement, de ne pas me placer sur le terrain de mon interlocuteur. Si j’estime qu’il n’est pas en état de m’écouter et de dialoguer calmement, j’évite l’échange qui n’aboutirait qu’à une escalade verbale, à un affrontement inutile et pénible. Quand une critique m’est faite – n’étant pas spécialement susceptible – j’en examine au calme le bienfondé et je n’ai pas la moindre difficulté pour reconnaitre mes erreurs. Je remercie quand c’est possible mon interlocuteur pour le fond de sa remarque, même s’il y aurait à dire sur la forme adoptée. S’il est susceptible et que j’estime sa critique infondée, je veille à ne pas l’irriter par une remarque plaisante. Quand la critique ne semble particulièrement injuste, je peux la répéter sur le mode interrogatif et ne pas répondre.

En cas de problème inattendu et grave, il est exceptionnel que je réagisse sur le champ. Je laisse l’émotion se dissiper. Je prends la peine de réfléchir aux tenants et aux aboutissants. Si j’ai un doute sur la solution à prendre, je demande l’avis de personnes compétentes et assez disponibles pour m’éclairer.

Ne manquant pas de désirs ni de projets, je rencontre inévitablement des situations de blocage. J’essaie de faire preuve d’imagination et d’opportunisme. Plus la difficulté est grande, plus je suis déterminé. Je sais aussi ne pas m’obstiner quand un problème semble momentanément dépourvu de solution. Je me tourne alors vers une activité ou des personnes plus agréables. Je refuse de me laisser contaminer par « les passions tristes », la rumination, le positionnement en victime. J’essaie de rire de moi-même.

Je ne me laisse pas prescrire les émotions par les autres, par les informations-catastrophes. J’essaie, par principe, de développer un autre point de vue que celui qui m’est présenté comme une vérité inquiétante.

Je préfère user de l’humour plutôt que tout prendre au tragique.

Dernier moyen et non le moindre, j’utilise mon temps de parole et de réflexion en consultation et lors des séances de groupe. L’écriture achève de dépolluer mon humeur en mettant noir sur blanc ce qui m’horripile et mes points de désaccord.

 

Lundi 20 Janvier 2020

Vendredi dernier, cette expression de « bifurcation » était soumise au groupe des pairs. La notion très voisine de « changement de trajectoire » est au cœur de la problématique de l’accompagnement. La bifurcation fait, à l’évidence, partie de nos objectifs de soin. En effet, l’histoire naturelle de la plupart des addictions – et tout spécialement de l’addiction alcoolique – est celle d’un effondrement à plus ou moins longue échéance. Avant le moment de la première démarche de soin, et par la suite, nous pouvons relever des changement de trajectoire de vie après de bonnes ou de mauvaises rencontres, de bons ou de mauvais choix, avec, aussi, les conséquences de la progression de l’addiction. Il existe longtemps des bifurcations passives ou actives de mise en conformité : boire comme tout le monde, fumer comme tout le monde, s’habiller comme tout le monde, s’amuser comme tout le monde…

Les bifurcations qui nous intéressent dans le domaine du soin sont des déterminations conscientes et volontaires, plus ou moins favorisées par le discernement et la présence de partenaires d’accompagnement.

Je peux faire état ici, chez deux consultations d’adultes jeunes, de deux tentatives différentes de bifurcation.

La première concerne un jeune homme qui a présenté un premier épisode délirant après un usage abusif de cannabis. Il a déjà consulté une psychologue qui me l’envoie. Il est tout à fait conscient qu’il a des choses à changer pour se donner un avenir. À la seconde consultation, celle d’aujourd’hui, il me signale qu’il n’a pas pris le régulateur d’humeur que je lui avais proposé. Il tient à quitter la logique d’être mieux en utilisant une substance psychotrope, ce qui valide ma proposition d’écarter catégoriquement la prise de cannabis. L’alcool n’est pas un vrai danger pour lui, ce qui ne m’empêche pas, bien évidemment, d’aborder cette question. Il m’est facile de le conforter dans son choix de psychothérapie, tout en lui proposant de participer à nos séances du lundi, en validant, pour la suite, sa présence par une adhésion à l’AREA. J’ai pu utiliser la proximité d’une séance sur un questionnaire de dépistage pour parler de la composante psychotique des personnalités. Le patient est tout à fait décidé à trouver sa propre voie, indépendamment des préoccupations de conformité à sa génération. Il a envie explicitement de quitter le monde de l’adolescence. En d’autres termes, nous sommes parfaitement en phase.

La situation est sensiblement différente avec un autre patient un peu plus âgé. Il s’agit d’alcoolisations aléatoires avec perte de contrôle et blackout pendant  deux ou trois jours de rang à chaque dérapage, ce qui lui pose un problème existentiel. À la différence du précédent, celui-ci ne veut rien remettre en question dans ses choix de vie. Il veut juste contrôler sa consommation. Il accepte même l’idée de se réguler en essayant un nouveau médicament pendant des mois, médicament sensé faire taire le système de récompense mobilisé par l’alcool. Il me fait part d’un protocole trouvé sur Internet. La « méthode Sinclair » utilise une vieille molécule désormais abandonnée. J’ai ajouté en annexe ce que le lien numérique dit de cette méthode, avec les résultats escomptés.

Nous voyons bien ce qui fait la différence entre les deux patients. Le premier est lucide. Il est conscient des fragilités révélées par l’addiction. Il s’investit dans une démarche de psychothérapie. Le second essaie de contrôler les effets d’une molécule (l’alcool) par une autre molécule qu’il est prêt à prendre pendant des mois pour retrouver le contrôle sur la première. Sans en avoir conscience, il s’inscrit dans le modèle addictologique proposé aujourd’hui : on ne se remet surtout pas en question, on persiste dans ses choix, on reste dans la logique de l’aide chimique.

La notion de bifurcation correspond au premier schéma et non au second. La personne se trouve clairement à une croisée des chemins. Elle aurait idéalement besoin d’un panneau indicateur. A nous de le lui montrer.

Nous avons tous eu dans notre vie des bifurcations qui se sont dessinées. Pouvez vous rendre compte des vôtres ? La perspective de bifurcation vous convient-elle ? Est-elle pour vous compatible à votre philosophie de vie ?

 

TSM 101 pour les professionnels de la santé

C’est quoi la méthode Sinclair (TSM) ?

La méthode Sinclair (TSM The Sinclair Method) est un traitement médical pour les personnes alcool-dépendantes. Le traitement est basé sur des recherches scientifiques. Le traitement vise le système de récompense du cerveau par le procédé d’une extinction pharmacologique avec comme résultat une réduction de consommation d’alcool et une réduction des pulsions addictives.

Quelles sont les bénéfices de la méthode TSM pour le patient ?

  1. Une réduction ou une élimination de consommation d’alcool sans les risques qui sont associés à une méthode de sevrage.
  2. La réduction d’alcool réduit les obstacles au traitement souvent associés à l’abstinence.
  3. Le traitement TSM est peu coûteux. La Naltrexone (ou son générique) coûte en moyenne 1,10 euros par comprimé.
  4. TSM n’est pasune thérapie de substitution. Les antagonistes opiats sont sans danger potentiel d'abus et ne créent pas de dépendance.
  5. TSM n’utilise pas un blocage constant des endorphines. La médication est ciblée sur l’activité de boire, elle est alors uniquement utilisée quand il y a une consommation d’alcool.
  6. TSM peut aider à former des habitudes saines. Les jours qu'ils ne consomment pas d'alcool, les patients doivent être encouragés à participer à des activités qui procurent du plaisir.

Et la thérapie dans tout ça?

Si votre patient, à côté de ses problèmes d'alcool, souffre aussi des troubles mentaux, il faudra chercher un traitement pour ces troubles. Mais, selon SAMHSA (Substance Abuse and Mental Health Services Administration) moins que 40% de personnes avec des troubles de la consommation d'alcool ont également des troubles mentaux.

Les résultats de TSM : à quelle vitesse ?

Chaque personne est différente, mais on observe en moyenne :

Les premiers 30 jours 10-20% de réduction

30 jours-6 mois 10-50% de réduction

6-12 mois 50-90% de réduction

1-2 ans 70-100% de réduction

2 ans et plus 80-100% de réduction

Y-a-t'il des effets secondaires ?

Les effets secondaires sont possibles avec tous les médicaments et la Naltrexone ne fait pas exception. Les médecins constatent rarement des effets secondaires. Si une personne souffre d'un effet secondaire lié à la Naltrexone, il s'agit la plupart du temps des nausées légères ou transitoires.

Est-ce que tout le monde peut utiliser TSM ?

Non. Les personnes qui sont addictes aux narcotiques et qui montrent des signes de sevrage à l'arrêt d'utilisation des narcotiques ne peuvent pas prendre de Naltrexone parce qu'elles ressentiront des symptômes de sevrage. Une utilisation occasionnelle des narcotiques, sans addiction, n'est pas dangereux en combinaison avec la Naltrexone mais l'effet des narcotiques se trouvera bloqué dans le cerveau. La grossesse et des dommages hépatiques sont des contrindications. La Méthode Sinclair n'est pas recommandée pour les personnes qui sont abstinentes depuis une longue période et qui ne sont pas en risque imminent de rechute.