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La question des repères

09-02-2026

À la fin d’un entretien d’histoire, la « question des repères » est intervenue pour aider un débutant à entrer dans le bal.

Comme nous sommes en terre d’alcool, il est naturel d’aborder la question des repères par les critères d’identification du problème.

Un jeune perd le contrôle de la consommation quand il commence à boire en groupe. Il a des trous noirs. Dans l’intervalle des abus caractérisés, il boit. Ses rencontres ont l’alcool comme trait d’union. Les années passent. Des rencontres se font qui n’en sont pas, qui laissent des blessures et des traces. Le champ des possibles se réduit, avec des événements indésirables. Vient l’heure de la première démarche de soin.

Première question : Quel a été le repère qui vous a fait mettre en question la relation instaurée avec l’alcool ?

L’inverse de la « compulsion de répétition » (que Freud a rapproché de la pulsion de mort, donc de l’autodestruction) est assez logiquement un positionnement philosophique voir même spirituel (et non spiritueux !)

Seconde question : De quoi est fait votre philosophie de vie ? Autrement dit, quels sont vos repères pour le quotidien de votre vie ?

Pour ne pas souffrir de l’arrêt des consommations et pour vous réjouir de la sobriété, il est normal de relever des réalisations, des progrès, ou des difficultés. Quels sont vos repères de ce point de vue ?

La question des objectifs

02-02-2026

Après l’AG statutaire, en ce début d’année, et par le fait d’une patiente, en quête de motivation, la question des « objectifs » sera à l’ordre du jour de notre séance.

Rien à voir a priori entre les objectifs de l’association et celle d’une personne en début de parcours d’accompagnement.

Les objectifs de l’association sont clairs, même s’ils sont problématiques. Il s’agit de durer, de la meilleure façon, d’explorer les possibilités de pérennité, de concrétiser notre volonté de transmission par l’aboutissement de nos deux projets éditoriaux, d’élargir l’audience de notre travail, de recevoir et d’aider de nouveaux patients, d’améliorer nos connaissances en phase avec le réel, en faisant vivre l’écoute, la bienveillance et l’esprit critique qui font partie de l’identité de notre collectif.

La question des objectifs est tout autre chez un nouveau venu. Elle peut la considérer sous plusieurs angles. Pour les plus anciens, la question qui s’impose est de faire le meilleur usage possible du temps qui reste. Pour d’autres est de préserver ce qui a été sauvegardé ou regagné ou qui n’a pas encore été perdu D’autres encore peuvent penser l’après-alcool comme une ouverture sur l’avenir et se soucier avant tout de se mettre (ou de rester) en état de marche, dans les meilleures conditions possibles. D'autres encore sont dans l’ambivalence, ils voudraient, comme on dit, le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière ou du crémier, sans contrepartie. C’est oublier le caractère possiblement totalitaire de l’alcool. Une autre façon d’aborder cette question est de réfléchir à l’articulation entre la motivation et le travail d’élaboration mentale nécessaire à comprendre les origines de l’addiction, les modifications à apporter pour la rendre inutile.

Quels sont vos principaux objectifs et quels moyens (de toute nature) vous donnez-vous pour les atteindre ?

La conjuration des imbéciles

  

26-01-2026

 

Le titre du livre de John Kennedy Toole hante mon cerveau. Je crois qu’il peut nous faire réfléchir, au moins le temps d’une séance de notre groupe.

La réflexion doit, en toute équité, commencer par examiner en quoi nous nous sommes indiscutablement comportés comme des imbéciles, et en quoi nous sommes présentement en période d’imbécilité active. Sans doute, face à cette entreprise autocritique, l’âge intervient pour nourrir notre expérience, mais, si nous en croyons Brassens, le temps ne fait rien à l’affaire. Nous manifestons inégalement et plus ou moins précocement des dispositions.

En quoi consiste l’imbécilité ? Immense question qui convoque la concision et la subjectivité. Je me dispenserai de poser la question à l’intelligence artificielle dans la mesure où la vérité n’est, de mon point de vue, que l’affirmation d’une suite d’erreurs contradictoires et cependant complémentaires. Un petit exemple d’incertitude conceptuelle : le crépuscule annonce, selon les moments, la nuit ou l’aube.

Quel sens donner à la « conjuration » ? Le complot – que n’a-t-on pas abusé de ce mot, depuis les années covid ! – suppose une action concertée en vue d’un objectif prédéterminé. Le terme de conjuration a l’avantage d’être moins connoté par l’actualité récente. Nous pouvons peut-être nous exercer à le déconstruire. L’ouvrage de Kennedy Toole le démontre clairement la conjuration des imbéciles n’est pas préméditée. Elle ne relève pas – uniquement ou principalement ou exclusivement – d’un plan machiavélique. Elle répond à une sorte d’affinité élective entre des formes diverses voire opposées d’imbécilité. Les années covid exercent une influence persistante. Ainsi, une patiente se voit interdire l’entrée d’un Self de Collectivité faute de porter un masque, masque qu’elle est autorisée ensuite à enlever dès qu’elle commence à se nourrir, en dehors de tout danger identifiable. Ou encore, l’étonnement de cette même patiente de voir son petit garçon revenir du Clae avec une chaussette rose et une chaussette bleue fournies par un jeune éducateur chargé de veiller aux lois de la diversité à l'école. Pire, sans doute, est la soumission des parents à cette expression du pluralisme pour « ne pas faire d’histoires » et exposer son enfant à … la discrimination.

Le titre est déduit d’une citation de l’auteur des Voyages de Gulliver, Jonathan Swift : « Quand un vrai génie apparaît dans ce bas monde, on peut le reconnaître à ce signe que les imbéciles sont tous ligués contre lui ».

J’en ai dit assez. Je compte sur chacun d’entre nous pour signaler à propos de la problématique alcoolique des exemples de convergences d’imbécilité caractérisée. Il en va de notre santé mentale.

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