Lundi 18 Mars

 

Un nouveau thème de commande. Il peut paraitre étrange de proposer un thème sur les couleurs pour un groupe centré sur l’alcoologie. Un défi, en quelque sorte.

Si on admet que la problématique addictive est liée à la façon dont se vivent les émotions, nous pouvons déjà comprendre un peu  mieux la question des couleurs. Le mot m’a évoqué une période de ma vie particulière, celle où je chantais des chansons pour apaiser et pour endormir mon fils ainé. J’alternais plusieurs chanson de Guy Béart, notament « Couleurs » : « Couleurs vous êtes des larmes, couleurs, vous êtes des pleurs ». Une célèbre chanson voit « la vie en rose ».

Si l’on s’intéresse plus précisément à l’alcoologie et pourquoi pas à l’œnologie, nous sommes inévitablement renvoyés à des couleurs : le blanc, qui a une couleur jaune, le rouge, le rosé, l’ambre du whisky, et tout le reste. L’addiction suscite des nuances de gris, de plus en plus sombres et parfois même du rouge sang.

La plupart des émotions ou des sentiments sont rattachés à des couleurs. L’ambivalence se retrouve dans les couleurs. On dit à la fois vert de jalousie et le vert renvoie à l’espérance, à la jeunesse. Le jaune est la couleur de la convoitise et de l’avarice et en même temps la couleur du soleil et des moissons. Il n’est pas interdit d’aimer toute les couleurs et toutes les nuances de couleur. L’échographie est un moyen d’investigation remarquable en médecine par ce qu’il apporte et par son innocuité. Elle rend compte  de la réalité à travers toutes les nuances de gris, du blanc au noir.

Chacun de nous a des couleurs de prédilection et aussi un assemblage de couleurs qu’il préfère.

Les couleurs ont-elles une grande importance dans votre vie ?

Lesquelles préférez-vous ?

Quel sens donnez-vous aux couleurs ?

 

Lundi 11 Mars 2019

Notre réflexion se nourrit de thèmes de commande. J’ai déduit d’un échange l’intérêt de discuter des « objets d’attachement ». Nous sommes entourés d’objets. Indépendamment de leur valeur financière, nous y sommes plus ou moins attachés.

Quels sont les objets d’attachement les plus fréquents ? Nous pouvons relever que le jeune enfant a besoin, pour trouver le sommeil, d’un objet qui le sécurise, en ce qui lui rappelle sa maman : tétine, doudou. À l’âge adulte, les objets d’attachement évoluent. Certains objets familiers nous rappellent une personne ou une période à laquelle nous sommes attachés par le souvenir ou par sa valeur symbolique. Ils participent à notre cadre d’humanisation. Dans certains états pathologiques, comme le syndrome de Diogène (chez l’adulte) ou le syndrome d’Hikikomori (chez l’adolescent), le sentiment d’insécurité, de nature psychotique, aboutit à s’attacher, ou, plus exactement, à s’entourer de détritus, jusqu’à ses propres excréments. A l’inverse, la culture de la marchandise aboutit à ne s’attacher à rien, à être capable de changer constamment d’objets qu’il s’agisse de biens matériels ou de partenaires !

Certaines personnes peuvent avoir valeur « d’objet d’attachement », comme la personne alcoolique chez le conjoint co-dépendant.

L’alcool et sa bouteille figurent un objet d’attachement de caractère pathologique, indépendamment des effets pharmacologiques ou des signifiants culturels. L’alcool se boit et la bouteille, ou le verre, se tient.

Un peu à part, se situe le fétichisme d’objet que l’on peut retrouver dans le goût pour les collections, y compris dans les caves où s’empilent  d’innombrables bouteilles de vin.

Certaines personnes auraient du mal à vivre sans un animal de compagnie, les qualités physiques et relationnelles de l’animal étant à l’origine d’un attachement indéfectible.

Que pouvez-vous dire de vos objets d’attachement ?

Avez-vous l’impression d’avoir investi la bouteille et son contenu au-delà de ce qu’ils apportaient ?

 

Lundi 04 Mars 2019

Une consultation m’a donné l’occasion d’évoquer la question des assises de notre santé mentale, à l’occasion d’une période de transition amenant le sujet à revoir l’ensemble de ses assises en termes de sécurité, de perspectives et d’épanouissement. Cette réflexion s’inscrit dans le prolongement du thème sur les « crises existentielles ».

Quand une personne d’âge intermédiaire effectue une démarche pour une dépendance acquise à l’alcool, il est rare que les changements à opérer se limitent au choix de la non-consommation d’alcool. Tout va mal ou presque, le couple et les relations affectives, la profession, l’état des finances, sans parler parfois de la santé physique ou des relations avec ses propres parents. Les assises vacillent ou s’effondrent. Tout ou presque est à reconstruire.

Quel plan de travail adopter ?

Sans vouloir établir la hiérarchie figurée par la pyramide de Maslow, sur nos besoins fondamentaux, une progression peut être esquissée. Il convient tout d’abord de se persuader que la mise hors-circuit de l’alcool est la condition indispensable à tout progrès. S’il survient un « accident » d’alcoolisation, peu importe : « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage ». Chaque jour est un commencement il ne s’agit pas de se décourager. La sécurité territoriale et financière est la première à considérer. Elle seule permet d’envisager un projet de vie quel qu’il soit. Il n’est certes pas facile, de nos jours, de bénéficier d’un emploi qui apporte sécurité et épanouissement. La patience et la ténacité sont requises, le pragmatisme l’est tout autant. Quand il s’agit de choisir une position sociale, il convient, à la fois, de mettre de côté ce que les psychanalystes appellent le Surmoi et l’Idéal du moi. Le Surmoi - qu’il vienne d’un parent ou de la Société - a l’inconvénient de nous culpabiliser, l’Idéal du moi a celui de nous dévaloriser.

Dans ces périodes difficiles à vivre, le sentiment de solitude est particulièrement pénible. C’est pourtant notre lot. Dans ces périodes d’incertitude, il est tentant mais illusoire de chercher une âme sœur. Mieux vaut cultiver des amitiés simples, égalitaires, et ne pas demander aux autres plus que ce qu’ils peuvent donner. Plusieurs activités, sources de mieux-être, ne dépendent que de nous : un sport qui nous plait comme acteur ou spectateur, des livres, des films ou une activité créatrice qui correspondent à nos capacités. Un autre élément mérite d’être pris en considération, dans cette ambiance culturelle très matérialiste, égoïste et addictogène :  la place donnée à la spiritualité.

Nos désirs ne peuvent trouver de réponse rapide. Nous devons pouvoir composer avec nos limites et nos contraintes sans pour autant verser dans la dépression et retrouver, en cas de dépendance alcoolique acquise, la bonne vieille solution qui efface les soucis avant de les aggraver encore.

Avez-vous conscience de vos assises de sécurité ?

Avez-vous appris à les mettre en œuvre ?