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Les fiches cinéma

La bataille de Gaulle (L’âge de fer)

Réalisation : Antonin Baudry

Scénario : Antonin Baudry, Bénérice Vila, d’après le livre de Julian T. Jackson « Une certaine idée de la France. The life of Charles de Gaulle ».

Date : 2026, France

Durée : 159 mn

Acteurs principaux :

Simons Abkarian : De Gaulle

Florian Lesieur : Fernand Bonnier de la Chapelle

Simon Russell Beale : Churchill

Benoit Magimel : Général Koenig

Matthieu Kassovitz : Darlan

A/ HA

Mots-clés : De Gaulle– Churchill – seconde guerre mondiale – Roosevelt – Darlan

 

lagedefer

 

Le décalage entre la publicité et la sortie de La bataille de Gaulle, en deux longs épisodes, d’une part, et sa mise au programme d’Utopia, d’autre part, a créé l’option de découvrir la première partie « L’âge de fer » dans un multiplex du centre-ville. Climatisation outrancière, salle plus ou moins vide, consommateurs de friandises salées ou sucrées : l’expérience ne valait pas le prix de la place de cinéma. L’expérience, dit-on, se nourrit de ses propres erreurs.

Le film, en lui-même, prouve – a contrario – combien il faut de talent et de rigueur pour réaliser un film historique. Certains réalisateurs ont réussi ce défi dans un passé récent, comme Jo Wright avec Les Heures sombres (2017) ou Konstantin Costa-Gavras, avec Adults in the room (2019). Un des derniers en date, Les rayons et les ombres (2026) de Xavier Giannoli, a été une réussite dans la mesure où il montrait que le choix des intérêts égoïstes et/ou d’appartenance, en négligeant esprit critique et éthique, pouvait conduire très loin dans l’infâmie de personnes normalement intelligentes.

Que dire de cette première partie ?

Le casting était sans doute difficile à réaliser mais les acteurs choisis pour incarner De Gaulle et Churchill ne sont pas à la hauteur de ces figures historiques. Il ne suffit pas de répéter quelques gestes tirés des Actualités de l’époque pour de Gaulle ou de mettre un verre d’alcool dans les mains du Premier ministre britannique pour les rendre crédibles. De Gaulle est présenté comme un matamore plutôt ridicule. La séquence la plus sympathique du film, l’amitié entre le futur exécuteur de Darlan, Fernand Bonnier de La Chapelle, un frère et une sœur juive, résistants parisiens, relève de la fiction pure. Dans une scène du film, De Gaulle fait face à un public politique anglophone à Londres, qu’il s’agit de rallier à la réalité de la France libre. Seul invité, il refuse de lire le texte préparé en anglais par un de ses collaborateurs et quitte la salle sans un mot, après être resté un long moment face au micro. Il eut suffi qu’il parle lentement en français en se faisant traduire simultanément ! Face aux pêcheurs de l’île de Sein, premiers volontaires à la future Résistance, de Gaulle les interpelle en breton ! La longue séquence consacrée à la bataille de Bir Hakeim, face aux panzers de Rommel, réjouira les amateurs d’explosions spectaculaires. Il n’est pas dit un mot sur Pierre Laval ou le sabordage de ce qui restait de la flotte française à Toulon, en 1942. Le public assiste aux volte-face de Darlan, sans pouvoir les comprendre. La poignée de main entre Darlan et Eisenhower devient incompréhensible. Le face-à-face De Gaulle / Giraud est ridicule.

Ce qui est certain, c’est que notre pays s’est fait manipuler puis balayer par l’Allemagne nazie, qu’il a été occupé par des vainqueurs cyniques, en deux temps, et qu’il a choisi, comme d’autres pays de composer avec les envahisseurs, en se prêtant à l’engrenage de l’infâmie. L’Angleterre jouait sa survie – y compris à Mers-el-Kébir – et les USA de Roosevelt attendaient leur heure pour intervenir sur le sol européen, déclarant la guerre aux « forces de l’Axe » après Pearl Harbour, le 9 décembre 1941 par le Japon, en restant en dehors du conflit auparavant, au non de l’America first. Quand ils interviendront en Europe, ce sera toujours au nom de « L’Amérique d’abord », l’Europe de l’Ouest devenant un marché protégé, après guerre, sous l’hégémonie du dollar, en redonnant assez rapidement une place centrale à l’Allemagne choisie par eux, pour s’opposer à l’URSS.

« Nous sommes en guerre » ! La guerre continue sous d’autres formes, avec d’autres moyens et d’autres… collaborations ou accommodements au nom du réalisme et des appétits électoraux. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, exceptée la force insistante de son réchauffement.

Le train sifflera trois fois

Réalisation : Fred Zinnemann

Scénario : Carl Foreman

Date : 1952

Durée : 85 mn

Acteurs principaux :

Gary Cooper : Le shérif Bill Kane

Grace Kelly : Emma Fowler Kane

Katy Jurado : Helen Ramirez

Thomas Michell : Le Maire

Franck Miller, le chef des méchants, Ian Mc Donald

Lee Van Clef : Jack Colby, un méchant

Mrgan Farley : Le pasteur

A/ HA

Mots-clés : Violence légitime – Lâcheté – complaisance – courage – solitude – Légitime défense

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Violence légitime et légitime défense

Ce grand classique du cinéma américain vaut d’abord par la coïncidence de la durée du film et de la durée de l’action : entre 10h30 et midi de la même journée. Il commence par le mariage d’un shérif d’âge respectable, Will Kane. L’union avec la jeune Emma est célébrée le jour de sa retraite. Emma a la particularité d’être quaker, religion résolument opposée à la violence. Grace Kelly y tient son premier grand rôle.

Le film vaut également par la chanson célèbre : « Si toi aussi tu m’abandonnes ». Le mariage coïncide avec l’annonce de l’arrivée d’un dangereux tueur, Franck Miller. Ce dernier vient pour se venger du shérif et du village, après avoir purgé sa peine. Cependant, il y a des complaisants ! L’arrivée de Miller est précédée à la gare par trois de ses fidèles. Il va y avoir du grabuge ! Le train sifflera trois fois pour annoncer l’arrêt en gare.

 Will Kane a décidé d’assurer sa fonction, un jour de plus, le temps que le shérif nommé arrive. Les désillusions vont se succéder. Ses adjoints bénévoles vont le laisser seul, tous les uns après les autres, pour des motifs variés. À 4 contre 1, les chances que la violence légitime triomphe sont minces !

Sa toute jeune épousée l’a abandonné aussi quand Kane décide de rester, malgré ses supplications, et d’attendre les tueurs. Il faudra l’intervention de l’ancienne amie de son époux pour qu’Emma comprenne que sa place est aux côtés de son mari. C’est elle qui permettra une heureuse fin, si on considère comme telle la mort des quatre malfaiteurs.

Réflexion sur la lâcheté ordinaire

Le film permet de réfléchir à la lâcheté ordinaire et aux diverses formes qu’elle prend. Il permet aussi de méditer sur l’ingratitude humaine, car tous sont redevables à Kane d’avoir assuré la paix dans ce village de l’Ouest. La scène de débat démocratique pendant l’office religieux est à retenir !

Une petite mention à Thomas Mitchell, comme Maire, ami de Kane. Pour une fois, il ne picole pas.  Le bar joue son rôle habituel de rencontres. Il fait partie de l’histoire.

 

To be or not to be

Réalisation : Ernst Lubitsh

Scénario : Melchior Lengyel, Edwin Mayer

Date : 1942

Durée : 99 mn

Acteurs principaux :

Carole Lombard : Maria Tura

Jack Benny : Joseph Tura

Robert Stack : Lieutenant Sobinski

Stanley Rudges : Professeur Siletsky

Sig Ruman : Colonel Ehrhardt

Felix Bressartt : comédien pour Shylock

Tom Dugan : Bronski, acteur pour Hitler

Henry Victor : Le capitaine Schultz

Maud Eburne : Anna, la camériste

A/ HA

Mots-clés : Acteurs – Guerre – Humour – Dérision – Burlesque

 71a0TBUGubL. AC UF8941000 QL80

To be or not to be fait partie des chefs d’œuvre produits par le cinéma américain mobilisé très tôt contre Hitler et sa bande d’assassins. Comme Le Grand Dictateur de Chaplin, la politique antisémite du Troisième Reich était connue au moment de la réalisation du film, mais l’horreur des camps était encore ignorée, ce qui permet de comprendre le ton de comédie de ce film.

L’action se situe au moment de l’invasion de la Pologne, en septembre 1939, qui déclencha la seconde guerre mondiale. Varsovie envahie par l’armée allemande, la pièce de théâtre en répétition destinée à railler les nazis n’est plus de mise ! Elle est rapidement remplacée par Hamlet, lacélèbre pièce de Shakespeare. To be or not to be.

La question a pris une actualité brûlante. Que va-t-il advenir de la troupe et aussi de la Résistance polonaise à l’occupant ? Un jeune pilote de bombardier, Stanislas Sobinski est amoureux fou de l’actrice vedette, Maria Tura. Coquette et flattée, elle ne repousse pas ses avances., sans toutefois commettre l’irréparable. Arrivé à Londres pour combattre, Stanislas évente une manœuvre de contre-espionnage, conduite par un certain professeur Silesky. Ce dernier, imprudemment envoyé par l’espionnage britannique pour aider la résistance polonaise, ne connaît même pas l’existence de l’envoutante Maria, alors que l’image de l’actrice figure partout, y compris sur des paquets de cigarettes ! Stanislas est parachuté à Varsovie pour prévenir Maria. Stanislas a donné imprudemment un billet pour Maria à Silesky, comme d’autres de ses compatriotes aviateurs, soucieux de donner de leurs nouvelles à leur famille restée dans la capitale polonaise !

Toute la troupe va être embrigadée pour sauver la Résistance, tout spécialement Joseph, l’époux quelque peu vaniteux et, à juste titre, jaloux. Joseph va devoir se surpasser pour tirer Marie du piège dans lequel elle s’est volontairement laissée enfermer pour récupérer la liste des proches des aviateurs polonais, détenue par le perfide Silesky. Joseph a du mal à garder ses moyens d’acteur lors de la scène célébrissime. Quand il prononce l’existentiel « To be or not to be », seul en scène, le jeune lieutenant se lève pour rejoindre la belle Maria, dans sa loge d’actrice. Être ou ne pas être …cocu, telle est sa question. Au jeu des cocus, Joseph ne sera d’ailleurs pas le dernier, mais qu’importe puisque la Résistance polonaise pourra continuer le combat !

Quelles leçons retirer d’un tel film ?

Les bons aryens en costume militaire apprécient le cognac et le champagne, mais là n’est pas la question., Lubitsch les avaient bien connus puisqu’il était allemand, immigré aux USA, dès 1922, à l’époque de la République de Weimar.

L’humour et le sang froid sont d’une grande utilité en période troublée et conflictuelle. Cependant, ils n’ont aucun effet préventif sur la barbarie.

Aujourd’hui, l’antisémitisme est revenu à la mode, l’anti-anti-sémitisme aussi. Le racisme et l’antiracisme ont des symétries qui n’aident aucunement la résolution des problèmes. Quand deux blocs veulent l’affrontement, cultivent la peur et la haine, il n’y pas de place pour des compromis intelligents et encore moins pour l’humour. À la fin de l’histoire, un acteur a l’occasion de se lancer, face à des soldats allemands, dans la tirade de Shylock, l’usurier du Marchand de Venise, pour affirmer que les juifs sont des humains comme les autres, avec peut-être l’humour en plus, tant qu’ils ne se considèrent pas au-dessus des autres.

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