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Réalisation : Ken Loach

Scénario : Paul Laverty

Date : 2004    GB

Durée : 104 mn

Acteurs principaux :

Atta Yaqub : Casim

Eva Birthistle : Roisin

Ahmad Riaz : le père de Casim

Ghizala Avan : la sœur aînée de Casim

Shabana Bakhsh : La sœur cadette

Gérard Kelly : le prêtre

John Yule : le Directeur

Hmad Riaz : Le père de Casim

                                                                                                                                                      

SA

 Mots clés : Communautarisme – Cultures − Amour – Intolérance – Intégration

 

 

L’intrigue est simple : un jeune homme, Casim, disc-jockey d’origine pakistanaise, et une jeune femme professeur de musique d’origine irlandaise, Roisin, tombent amoureux l’un de l’autre. Leur histoire bute d’emblée sur les oppositions culturelles et le communautarisme.

Communautarisme et cultures

Ken Loach et son scénariste Paul Laverty effectuent une présentation objective des effets de la colonisation des pays colonisateurs sur les populations immigrées, à la suite de désordres consécutifs au retrait des impérialismes. Il est brièvement fait référence aux massacres croisés entre Hindous et Musulmans après le retrait des Britanniques de l’Inde. La description des difficultés rencontrées par le couple en formation et du communautarisme ne surprendra aucun spectateur français.

L’histoire peut nourrir plusieurs échanges :

  • Que deviennent les populations immigrées dans des pays de culture différente, touchées par la désindustrialisation et l’idéologie consumériste ?
  • Comment se déclinent et se dépassent les conflits entre générations et entre cultures ?
  • Qu’est-ce qui rapprochent les individus dans un pays en déclin économique et culturel ?
  • Comment s’opère l’intégration des arrivants ? Quelle désintégration suscite-t-elle ?
  • La mondialisation est-elle la solution aux problèmes de l’humanité ? Quelles seraient les bases d’une mondialisation heureuse ?
  • À quoi sert une religion dans le processus de rencontre et de reconnaissance mutuelle ?

 

Réalisation : Ken Loach

Scénario : Barry Hines, Ken Loach, Tony Garnett, d’après le roman de Barry Hines

Date : 1969

GB

Durée : 110 mn

Acteurs principaux :

David Bradley (Billy Casper)

Lynne Perrie (Madame Casper, la mère)

Freddie Fletcher (Jud, le frère)

Brian Glover (Mr Sudgen, le prof de gym)

Collin Welland (L’instituteur attentionné)

 

Mots clés :  Enfance – Maltraitance − Éducation – Résilience – Pauvreté

 

 

Billy Casper est un jeune garçon qui vit dans une ville minière du Yorkshire, avec son grand frère, Jud, qui partage son lit et le maltraite, et sa mère, divorcée entre deux âges. Billy gagne son argent de poche en distribuant des journaux avant de se rendre à l’école. Il chaparde à l’occasion. Il s’ennuie en classe et sur le terrain de sport. Billy a la passion des animaux. Il va réussir à dresser un faucon crécerelle. Un enseignant plus attentif que les autres lui donne l’occasion de se valoriser à l’école en faisant le récit du dressage, appris dans un livre précisément (ou judicieusement ? ) chapardé. Hélas, ayant détourné l’argent prévu par Jud pour acheter un billet de pari d’une course de chevaux, son frère le punit en tuant le faucon…

La première œuvre de Ken Loach : l’enfance défavorisée

Ce premier film de Ken Loach reçut maintes récompenses. Il a été manifestement tourné avec peu de moyens et d’artifices. Le personnage de Billy Casper est particulièrement émouvant. Il donne un éclairage réaliste sur la condition ouvrière et une famille sans père. Il montre la maltraitance d’un jeune garçon laissé à l’abandon, livré à la violence de plus grands que lui et à la bêtise de nombre d’enseignants rigides, débordés par leur mission éducative ou carrément immatures et caractériels comme le professeur de gymnastique, entraineur-joueur de football. Des lueurs d’humanité réchauffent le décor : un enseignant attentif, un paysan qui laisse approcher Billy des ruines où nichent les faucons, et surtout Billy et son faucon, sa source de résilience.

 

Réalisation : Arnaud Desplechin

Scenario : Arnaud Desplechin, Julie Peyr, Kent Jones

Date : 2013 / France

Durée : 116 mn

Acteurs principaux :

Benicio del Toro : Jimmy Picard

Mathieu Amalric : Georges Devereux

Larry Pline : Docteur Karl Menninger

Gina McKee : Madeleine

Joseph Cross : Docteur Holt

Michelle Thrush : Gayle Picard

 A/ SA

Mots clés : ethnopsychanalyse – patient initiatique – part alcoolique – relation d’aide – processus de guérison

 

Arnaud Desplechin s’est passionné pour l’ouvrage de l’ethnologue et psychanalyse, Georges Devereux « Psychanalyse d’un indien des plaines ».

Georges Devereux a une origine juive et hongroise. Il est né en 1908, au sein d’une famille cultivée. Après un début de vie où il cherche sa voie, il rejoint l’École pratique des Hautes Études pour des études de sociologie et d’anthropologie. Il les poursuit à Berkeley en Californie et découvre, de l’intérieur, la langue et les coutumes d’une tribu d’indiens, les Mohaves. Il rejoint la Clinique Menninger de Topeka, dans le Kansas. Il entreprend une psychanalyse, après s’être occupé de son patient-référence : l’indien pied-noir, Jimmy Picard. Devereux devient membre de l’American Psychoanalytic Association puis, lors de son retour en France, membre de la Société psychanalytique de Paris. Il intègre, enfin, l’école pratique des hautes études, grâce au concours de Claude Lévi-Strauss. À sa mort, en 1985, ses cendres sont transférées dans la communauté des indiens mohaves.

Georges Devereux peut être considéré comme le fondateur de l’éthnopsychanalyse. Dans son ouvrage « De l’angoisse à la méthode »1 (1967), il suggère que la relation entre l’observateur scientifique et le sujet observé progresse à partir de la subjectivité de l’observateur, à partir de ce qu’il perçoit de l’observé sur le mode du transfert et de ses propres réactions contre-transférielles. La subjectivité de l’observateur, loin d’être un handicap, devient une ressource si elle est correctement maîtrisée. La subjectivité de l’observateur devient alors une force clinique en faveur de la relation d’aide. Cette source de pansement/pensement trouve une forme de perfection dans la médiation du groupe intégratif ou « groupe-orchestre » de notre méthodologie2. La part sensible du soignant ne doit pas être considérée comme « un fâcheux contretemps dont la meilleure façon de se débarrasser est de l’escamoter », comme affirment le faire maints psychothérapeutes anti-freudiens.

 

Une psychothérapie atypique

Cette histoire est intéressante à plusieurs titres. Elle montre que les faux-diagnostics sont possibles en se fiant aux apparences, à partir de grilles préétablies. Jimmy P n’était pas schizophrène, contrairement à l’opinion des psychiatres. Devereux le démontre brillamment devant les psychiatres de la Clinique Minninger en détaillant devant eux les tableaux que l’Indien a peint à sa demande. Nous pourrions ajouter : et quand bien même un patient relèverait de cette structure, nous pouvons essayer de travailler avec la ‘‘part saine’’ de son psychisme, celle qui a un rapport correct à la réalité, celle qui intègre la loi symbolique de l’interdit, pour l’aider à prendre le pouvoir sur sa ‘‘part malade’’, sa part alcoolique3, pour ce qui concerne notre terrain d’action.

 Contrairement, à une opinion souvent lue, l’addicté est plus que d’autres concerné par les complexes et la psychopathologie freudienne. À l’évidence, les relations contactées dans l’enfance avec les figures parentales font problème. La mère est trop présente, trop envahissante ou trop froide : pas ‘‘suffisamment bonne’’, selon l’expression de Winnicott. Le père est absent comme porteur de la loi symbolique de l’interdit et des limites. Ce n’est pas un interlocuteur ‘‘autorisé’’, par son propre comportement, par la mère ou la Société. Les ambiances incestueuses sont fréquentes dans les histoires de personnes alcooliques. Les patients peuvent véhiculer de façon claire des problématiques œdipiennes, des pathologies narcissiques, des conduites agressives. La mémoire de la prime enfance est souvent effacée comme si une chape d’oubli avait été nécessaire pour assurer la survie mentale. Le tintamarre cérébral et les troubles visuels qui conduisent Jimmy à la Clinique psychiatrique sont soulagés, sans surprise, par des alcoolisations répétées. Sans la thérapie instaurée par Devereux, Jimmy P aurait basculé dans la psychose alcoolique.

L’ethnopsychanalyse souligne l’intérêt d’une approche qui prend en compte le langage de l’enfance, le langage oublié. Devereux s’intéresse au prénom indien de Jimmy, littéralement « Celui dont tout le monde parle ». Il donne à son patient le droit de retrouver et d’exprimer la langue qui fait identité pour lui, à la manière des citoyens français capables de réactiver la langue – patois, dialecte ou langue – de leurs anciens. Devereux part de l’hypothèse, largement démontrée par l’étude des contes réalisée par Bruno Bettelheim4 que l’humanité partage des invariants symboliques qui nous rapprochent les uns des autres, quelles que soient nos origines.

L’ethnopsychanalyse met l’accent sur les désordres psychologiques liés aux confrontations et désaffectations identitaires et culturelles. Cependant, dans une scène du « Cochon de Gaza »5 (à voir absolument), la femme de l’infortuné héros, pêcheur de tongs et d’un porc asiatique, regarde à un moment un méchant feuilleton US aux côtés d’un soldat israélien venu utiliser ses toilettes. La scène illustre une sorte de rapprochement par cette sous-culture partagée. En devenant citoyen et soldat américain, Jimmy est invité à oublier ce qui fait son identité.

L’histoire montre que des savoirs étrangers au domaine médical proprement dits peuvent être des sources de thérapie quand elles sont utilisées par des soignants capables de neutralité bienveillante puis de maîtrise de la relation d’aide.

De façon non anecdotique, l’histoire montre l’importance d’un (ou de plusieurs) patient(s)-référence, d’un patient-initiatique, dans l’évolution d’un psychothérapeute.

La psychothérapie de Jimmy met l’accent sur l’aspect révélateur des traumas actuels que sont les situations de guerre ou de grandes peurs. De ce point de vue, elle incite à aller plus loin que les diagnostics de pathologies post-traumatiques. Les techniques du type EMDR n’empêchent pas de s’intéresser à ce que la décompensation mentale ou psychosomatique manifeste. Jimmy va pouvoir admettre que la plupart de ses problèmes ont pris source dans son incapacité de remettre en cause les opinions et les références maternelles. Ses troubles psychosomatiques avaient pour origine l’opposition entre ses désirs et les injonctions maternelles, qu’il avait intériorisées malgré lui. Au terme de sa thérapie, il pourra retrouver sa fille orpheline, qu’il avait conçu très jeune, et l’adopter. L’évolution de Jimmy illustre ce que guérison veut dire dans la démarche psychothérapique. Le retour des symptômes aura valeur de signalement de la réactivation de la vulnérabilité acquise dans l’enfance.

  1. Georges Devereux, « De l’angoisse à la méthode dans les sciences du comportement », Champs, essais, 1967
  2. Henri Gomez, « Le groupe-orchestre dans l’alcoolo-dépendance », in Santé Mentale, p 56-61, « Les groupes de parole», n°236, Mars 2019,
  3. Michèle Monjauze, « La part alcoolique du soi», In Press, 1999
  4. Bruno Bettelheim, « Psychanalyse des contes de fée», Pocket, 1976
  5. Le cochon de Gaza de Sylvain Estibal, fiche-cinéma, p 309-310, in « Le cinéma comme langage», Henri Gomez, érès, 2016