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23 mai 2022

 

Tout a été dit sur la famille et ses transformations au fil des générations. Il existe, aujourd’hui, une mosaïque de familles qui se prêtent à des vécus contrastés. La force des familles se retrouve dans un certain nombre de caractéristiques. Dans le désordre :

  • une solidarité et la consolation lors des efforts ordinaires et des épreuves,
  • des affinités communes,
  • des différences acceptées,
  • une histoire, une mémoire, une culture commune, gages de filiation et de continuité, pour partie entretenue par le « roman familial »,
  • la capacité de dialogues sincères et approfondis,
  • une aide matérielle et financière désintéressée,
  • un effet modèle,
  • une éthique partagée,
  • une source de courage et de ténacité,
  • une histoire commune, gage de filiation,
  • une présence dans les moments difficiles,
  • des joies, des peines, des rires, des sourires.

La famille existe en dehors des liens de sang et des dispositions légales. Notre association, l’area, réunit singulièrement l’ensemble des caractéristiques précitées. A une époque où règne l’incompréhension, l’agressivité, la compétition et la défiance envers l’autre, c’est le contraire de rien. Ceux qui se rapprochent de nous comme simples consommateurs de soin n’ont rien compris.

Reste ce que nous pourrions appeler notre famille invisible, c’est-à-dire les personnes du passé ou du présent, réelles ou imaginaires, intériorisées, qui sont des figures symboliques intériorisées, garantes, à l’inverse des « produits » et des pratiques ineptes, de notre résilience.

Quelles sont les principales composantes de votre famille invisible ?

16 mai 2022

Vivre avec les autres n’est pas toujours facile. Vivre avec soi-même est quelquefois inconfortable ou même insupportable. La question des compatibilités se pose.

Il est déjà très satisfaisant d’être de bonne compagnie pour soi. Il faut croire que cette aptitude est moins répandue qu’on pourrait le croire.

Nombreuses sont les personnes dans l’incapacité d’être seules. Elles nouent des relations avec des personnages improbables qui exercent sur elles une emprise, dont elles ont parfois les pires difficultés à se défaire, pour recommencer ensuite la même erreur.

À l’inverse, d’autres personnes sont réputées sociables. Elles s’accommodent de tout, avec un égal bonheur. Passés les premiers temps prometteurs, elles se révèlent infréquentables, ne serait-ce à cause de leur égalité d’humeur.

La compatibilité relationnelle dans la durée est une vraie question et, dans notre modernité, un vrai défi. Il suffit de considérer l’espérance de vie moyenne de la plupart des couples.

La compatibilité ne se décline pas seulement dans la relation affective et au sein des familles. Elle intervient également dans le cadre du travail et en société. Les burn-out et les replis sociaux en témoignent. Le numérique a ce paradoxe. Un individu coupé de tout lien véritable peut développer des échanges avec des millions d’amis qui, en retour, parfois le dénigrent et l’humilient publiquement.

Comment développer nos compatibilités pour disposer d’une vie confortable ?

Il faut sans doute s’exercer à devenir une personne de bonne compagnie pour soi. Il faut apprendre à aimer ses moments de solitude et de tranquillité, savoir en faire le meilleur usage en fonction de ses centres d’intérêt. Certaines activités sont plus profitables que d’autres, même si elles sont d’accès moins immédiat.

Se trouver des affinités est un bonheur et donc un enjeu relationnel, même s’il est aventureux de négliger ce qui sépare ou oppose. Un lien de qualité demande toujours du temps pour se construire et devenir résistant. Quand il a atteint cette solidité, il détient également assez de souplesse pour résister à ce qui pourrait le détériorer jusqu'à le détruire. Les compatibilités demandent d’être entretenues, travaillées comme le reste.

À l’heure actuelle, l’organisation sociale attend de nous que l’on s’adapte, toujours et encore, ne serait-ce qu’en développant des addictions. Il se trouve que l’adaptation demandée nous aliène souvent à nous-même et nous disqualifie comme personne capable de mettre en jeu ses aptitudes.

Que pouvez-vous dire de vos compatibilités et de vos incompatibilités, à ce jour ?

9 Mai 2022

La réussite est un mot largement valorisé. Il est intéressant de s’efforcer d’en comprendre les significations et les modalités.

En matière de dépendance alcoolique, paradoxalement, pour une problématique réputée difficile et potentiellement grave, le sens du mot « réussite » peut être clairement signifié. Il s’agit de devenir indifférent à la consommation d’alcool et de parvenir à une maîtrise satisfaisante de ses différentes vies : vie mentale, affective et sociale. Sans doute, cette définition de la réussite se doit d’écarter ce qui est le plus souvent une illusion qui, pour une fraction négligeable des personnes dépendantes, serait une consommation ponctuelle et limitée. La vraie question de la réussite pour une personne alcoolique est de regagner sa part de liberté et de pouvoir éprouver du plaisir à vivre.

Les conséquences de la réussite pour elle, qui s’éloigne de l’alcool est de gagner en lucidité, en contrôle émotionnel, en capacité d’initiative et d’action. En prenant le temps et les moyens de travailler sur elle-même elle peut espérer gagner en équilibre et qualité de vie. Elle peut également trouver un sens qui faisait jusque-là défaut à son existence : jamais trouvé ou largement perdu. Elle rejoint donc le lot commun et plutôt restreint des personnes qui se risquent à penser par elles-mêmes et à agir en fonction d’une éthique de vie.

Quand un objectif déterminé a été atteint, quelles sont les conséquences de cette réussite ?

Il est d’usage de se réjouir d’une réussite. Cependant, contrairement à ceux qui le félicitent, l’intéressé sait, mieux qu’eux, ce qui lui en a couté pour atteindre son objectif. Il a eu tout loisir de se heurter aux difficultés, aux impasses provisoires, aux incompréhensions et critiques. Il sait ce qui lui en coûté en temps et en énergie, si bien que sa victoire n’a que, très fugitivement, la légèreté de l’ivresse. Le propre d’une réussite est de clore un chapitre pour en ouvrir un autre. Une réussite peut toujours être invalidée et remise en question. Une leçon peut en être tirée : ce qui importe c’est le chemin. L’appréciation personnelle de cette réussite s’éloigne des standards attribués à la réussite.

Que pouvez-vous dire de vos réussites, en termes de conséquences ?