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Comme conséquence, comme moyen d’éviter une faute grave

10 août 2020

Depuis que j’ai pris la peine de réfléchir à la condition humaine, j’ai dégagé quelques pistes au sujet du sentiment de culpabilité. Je vous les livre en vrac pour faciliter notre échange.

Le sentiment de culpabilité rend compte de notre perception de la « faute ». Il signifie que nous sommes aptes à distinguer des actes préjudiciables envers autrui.

Je n’ai pas du tout une mauvaise opinion du sentiment de culpabilité. Pour moi, il se rattache au meilleur de l’être humain. Le principe en est facile à poser : « Ne fais pas à l’autre ce que tu ne voudrais pas subir de lui ».

Il a une valeur préventive car pour ceux qui l’imaginent ou l’ont vécu, il peut être insupportablement douloureux ou, au contraire alimenter le déni.

Certains ne manquent pas de dévaluer le sentiment de culpabilité en le rattachant avec mépris à la « culture judéo-chrétienne ». Je pense qu’ils confondent cette culture avec la morale bourgeoise qui excelle à culpabiliser les autres pour mieux s’absoudre de toute faute et de toute responsabilité. Entre la morale bourgeoise et la morale libertaire, je n’en choisis aucune. Je n’aime pas mettre mes possibilités réflexives dans un corset. L’éthique ne s’encombre pas d’un Kit d’opinions circulantes.

Je crois être capable de mesurer les conséquences de la plupart de mes actes et de mes non-actes. La prévention du sentiment de culpabilité intervient donc en amont de l’acte, de la décision. Ma part de liberté se situe dans la capacité d’écarter un acte qui pourrait être lourd de conséquences négatives.

La faute justifie la sanction. Cette dernière délivre, d’une certaine manière, de la faute. Faute avouée est à moitié pardonnée, dit le proverbe. La claire conscience de la faute doit conduire à l’éviter et, dans le cas contraire, à accepter la sanction. Dans nombre d’affaires de justice, le « prévenu » semble découvrir sa faute. Il n’est pas capable d’expliquer la raison de son passage à l’acte. Il n’a pas mesuré les conséquences de son acte. Le sentiment de culpabilité lui est étranger. L’action de Justice devrait permettre au prévenu de donner une explication.

La question des « circonstances atténuantes » est une mauvaise excuse. Elle a un semblant de justification pour les particuliers. Le Droit confronte des points de vue opposés en matière de sanction. Il tolère ainsi la libération sous caution financière aux USA, ce qui crée une inégalité selon les fortunes personnelles. Certains préconisent des peines-planchers, à l’exemple des contraventions.

Les circonstances atténuantes n’existent pas pour les entités collectives ayant pignon sur rue. Par exemple, c’est en parfaite connaissance de cause que l’industrie du tabac, l’industrie des alcools et tous les commerces consacrés à la vente de produits préjudiciables (y compris le dark-web) développent leur action. L’absence de sanction ou d’interdiction à la source pérennise la poursuite de l’activité commerciale.

La Loi du Marché dispense de tout sentiment de culpabilité, de même que le bellicisme pour les marchands d’armes.

Mais revenons à notre échelle d’individu lambda. Le sentiment de culpabilité n’a rien à voir avec la honte. Celle-ci est provoquée par la distorsion entre l’image que l’on voulait donner de nous et l’image qui est donnée de nous. La honte est du registre de l’image sociale et du narcissisme. Certains pourraient dire : « Même pas honte ! », après des actes dommageables, voire criminels. Ils ont parfois un public qui les encourage à persister ou qui est toujours prêt à leur trouver les meilleures excuses.

Si la culpabilité a quelque chose à voir avec le regard, alors c’est un regard intériorisé : « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn », le fratricide. La culpabilité évoque la conscience.

Une partie du travail en alcoologie consiste à remonter le fil des enchaînements qui a conduit à mettre l’alcool aux commandes, à briser le lien de dépendance bio-comportementale et émotionnelle, à restituer un jugement critique redonnant du pouvoir sur ses actes.

Il faudra savoir se pardonner. Il restera -- tâche difficile car permanente – à établir au quotidien la meilleure attitude, le meilleur choix dans chaque situation suscitant l’ambivalence.

Le sentiment de culpabilité vous est-il familier ?

Quels rôles a-t-il joué dans votre problématique avec l’alcool ? Faites-vous un bon usage du sentiment de culpabilité ou expliquez-vous encore la totalité de vos malheurs par la faute des autres ?

 

Lundi 3 Aout

Se faire respecter est le contraire de facile de nos jours, surtout si notre éducation nous a donné l’habitude de respecter l’autre ainsi que nos engagements.

 Nous pourrions discuter tout d’abord sur la nature des engagements.

Il existe des engagements encadrés par la loi. L’existence de la loi ne signifie pas pour autant que les engagements seront respectés de part et d’autre. Les professions d’avocat, de juge et professions de Justice ont un bel avenir devant elles.

Une autre catégorie d’engagement peut être évoquée, celle relative aux usages. Il est surprenant, par exemple, que des patients arrivent en consultation sans carte vitale et sans se soucier du mode de paiement accepté par le praticien. Le non-respect des rendez-vous est une autre banalité qui rend compte de l’évolution des mentalités et de la situation d’urgence auxquelles trop de personnes sont dans la nécessité d’accepter. Le caractère unilatéral des engagements a pris une force nouvelle avec la généralisation du numérique, avec la mention sans appel : no replay.

Le respect des engagements a un aspect pratique et éthique. L’aspect pratique fait intervenir le principe de réciprocité. Si la relation s’effectue à sens unique, si quelqu’un s’épuise à donner de l’énergie sans retour, à la fin, la relation se pervertit ou s’interrompt. L’engagement éthique est d’une autre nature. Une personne se donne une mission en fonction de ce qu’elle croit nécessaire et juste. Elle s’y tient, sans rétribution particulière, jusqu’à ce qu’elle constate que l’objet de sa mission a été atteint ou, à l’inverse, parce qu’elle admet la possibilité de la poursuivre.

Se respecter suppose donc la conscience de sa valeur comme personne, le droit au respect, des principes éthiques.

Que se passe-t-il lorsque la personne ne se fait pas respecter ?

Il est nécessaire qu’elle se demande en préalable ce qui autorise « l’autre » à ne pas la respecter.

Les addictions, particulièrement l’addiction à l’alcool, place tout sujet en situation de dévalorisation, de jugement, de disqualification, quelles que soient les qualités de la personne. Cette réalité est une des raisons majeures de la démarche de sobriété.

La place du sujet dans le dispositif familial est une autre source de déconsidération et d’irrespect. Indépendamment de l’impact des effets positifs de la sobriété les situations relationnelles doivent être examinée au cas par cas pour savoir s’il est possible ou non de rétablir des situations de respect. Même le moins violent et le plus patient des individus doit faire en temps utile ce qui est nécessaire pour écarter les relations à l’évidence problématiques et restaurer un environnement acceptable sinon toujours agréable.

Une dernière source d’irrespect se situe dans les rapports sociaux et dans nos rapports avec les institutions. Le relationnel d’aujourd’hui est dominé par la superficialité, les idées reçues, le manque d’empathie. Cette situation donne d’autant plus d’importance aux relations saines, amicales ou affectueuses dont nous pouvons bénéficier. Le relationnel avec les institutions est un dernier aspect. L’évolution générale de la société est des plus inquiétante. Le mépris du droit, la montée de l’agressivité, de l’intolérance et, il faut bien le dire, de la bêtise individuelle et collective, compliquent singulièrement notre quotidien et perturbe notre bonne humeur.

Disposez-vous d’une marge importante de progrès pour vous respecter mieux ?

De quelles marges de manœuvre disposez-vous vis-à-vis de votre entourage et de l’environnement social pour être respecté(e) ?

 

L’image que l’on donne de soi, l’image que l’on a de soi

Lundi 27 juillet

Nous avons choisi ensemble les thèmes à discuter les vendredis pour juillet et août. Ils seront systématiquement repris le lundi suivant. Autant que possible, je ferai en sorte d’assurer l’animation des réunion du lundi. Si je suis absent, George se chargera de l’animation. Le vendredi servira, en quelque sorte, à préparer le lundi.

L’image de soi est un thème central pour les problématiques addictives. Le thème peut se décliner de multiples manières, aussi éclairantes les unes que les autres. Nous nous limiterons pour cette présentation à aborder la question sous deux angles : l’image que l’on donne de soi, l’image que l’on a de soi.

  1. L’image que l’on donne de soi.

L’importance que l’on accorde à sa propre image est très dépendante de chacun. Nous pourrions dire que c’est un marqueur majeur de la composante narcissique de notre personnalité. Le souci de notre image est légitime. À défaut de vouloir plaire et d’attirer l’attention sur nous, nous pouvons avoir le souci de ne pas choquer et de perturber le paysage visuel de ceux que nous côtoyons. La mode, surtout en été, est à l’exhibitionnisme et à l’étalement du mauvais goût.

Le relationnel souffre aussi du narcissisme, qui se passe volontiers de la politesse. La meilleure façon de servir l’image de soi est, en définitive, d’observer un comportement naturel et d’être aussi authentique que possible, tout en étant respectueux des autres. Cette façon de faire est le meilleurs moyen de laisser l’autre à la bonne distance, ni trop loin ni trop près. Plutôt que de se préoccuper à l’excès de son image, ne doit-on pas travailler à être le plus authentique possible ?

Le plus simple est de se moquer des opinions et des étiquettes que certaines personnes ont besoin d’infliger aux autres pour améliorer l’estime dans laquelle elles se portent. Nous ne pouvons cependant totalement mépriser l’image que l’on donne de soi car ceux qui ne nous aiment pas sauraient utiliser contre nous tout élément, vrai ou faux, participant à notre discrédit.

  1. L’image que l’on a de soi.

L’image que l’on a de soi est certainement plus importante à considérer. Une erreur commune est de faire dépendre notre propre regard sur nous de regards plus ou moins fantasmés faisant appel aux normes sociales. Il existe une tyrannie ancienne des normes esthétiques dans l’opinion. Il se dégage, de façon significative, une nouvelle tyrannie qui semble vouloir combattre la première.

Une forme minoritaire du féminisme consiste ainsi à développer un « corps repoussoir » comme pour signifier le mépris des règles de séduction établies. Il faut le reconnaitre les hommes avaient pris les devants, estimant sans doute que pour l’ordinaire des transactions à caractère sexuel il n’était pas indispensable de disposer de qualités intellectuelles, morales ou physique, qu’un peu de bagout et d’argent suffisaient.

Le problème de fond posé par l’image de soi soulève deux questions, si on a le souci raisonnable de plaire.

La première difficulté à résoudre est de faire la part de ses distorsions cognitives éventuelles. La relation en psychothérapie montre que ces distorsions sont profondément enracinées. Elles paraissent souvent profondément ancrées, pour ne pas dire irréversibles. Certains se verront mieux qu’ils ne sont. Le phénomène sera inverse pour d’autres. Parfois la même personne pourra selon les moment être dans le plus ou dans le moins.

Le phénomène addictif est la seconde variable sur laquelle il est possible de travailler. Maîtriser une addiction qui met tous les voyants dans le rouge s’impose si l’on veut se rapprocher d’une image de soi meilleure, plus apte à la vie relationnelle et au contentement de soi.

 Où en êtes-vous sur la question de votre image ?

Dans quel sens pourriez-vous agir pour l’améliorer ?