04-05-2026
Notre époque est riche en nouveaux concepts qui se veulent opérants. Une caractéristique des nouveaux concepts est de faire oublier les anciens, sans obligatoirement faire intervenir la justesse ou le caractère erroné du dit-concept. La nouveauté est une façon de légitimiser l’oubli et l’inculture. Le terme de « contre-élite » a été avancé. L’intelligence artificielle en fait une présentation contrastée, nuancée, contradictoire, et, en définitive, quelque peu brouillonne, sans, pour autant, de notre point de vue, apporter des éclairages bien nouveaux.
L’alcoologie constitue un territoire lourd d’enjeux. Il est intéressant de réfléchir à l’usage qui pourrait être fait de cette notion dans le contexte actuel.
Pour réfléchir correctement à ce terme dans le champ de l’alcoologie, il convient d’abord de quoi est constituée l’élite, quels en sont les motivations, les modes d’organisation, les concepts, les discours et les pratiques. Ce que nous apprennent les addictions, notre livre de 2023, suggère un effet de miroir. Quelles sont les caractéristiques de l’élite ?
Ce qui définit une élite, dans le sens commun, est sa position de domination économique, institutionnelle, relationnelle et idéologique. Elle induit, par temps calme, une soumission – et même l’adhésion – volontaire, bien distinguée par La Boétie. Il n’y a pas d’élite sans sous-élite, chargée de faire vivre les intérêts de l’élite. La sous-élite a le choix entre trois options : la collaboration, le compromis ou le rejet.
La « contre-élite » désigne, en bonne logique, les forces qui contestent cette domination, pour y substituer la sienne, au risque du pareil au même.
La contre-élite peut connaître une adaptation plus ou moins, en rejoignant les options de l’élite, ce qui s’appelle le transformisme. Elle gagne et justifie ainsi sa place, comme le majordome justifie la sienne entre ses maîtres et les domestiques.
Dans le champ de l’alcoologie, règnent les alcooliers (position économique) et les universitaires (pouvoir intellectuel), éloignés du contact déplaisant avec la population concernée. Une armée de supplétifs (Administration, Justice, Police, services sociaux, soins) gère cette population au mieux des intérêts de l’élite, au nom de l’intérêt général. L’ignorance est le ciment de l’indifférence. Comme il n’est pas possible de toujours assurer l’hégémonie de l’élite face aux effets persistants, plutôt désastreux, de ses pratiques, il va de soi que, sur un mode plus ou moins anecdotique et marginal, des individualités se font connaître, s’efforcent de constituer une alternative, tentent de développer un rapport de persuasion pour induire les changements souhaitables. C’est alors que se reconnaît les qualités propres de l’élite. Une élite décadente s’accroche à ses privilèges, quitte à préférer l’effacement de toute critique, même constructive, par le contrôle de l’opinion, la sanction et la répression. Elle fait le choix des diversions et du pire, en s’attachant à éviter les conséquences de ses agissements.
Une élite véritable accepte les remises en question et les changements d’orientation. Elle abandonne une partie de ses privilèges sur le mode du compromis, en privilégiant l’intérêt général. Quand un système entre en crise, une période incertaine intervient d’où peuvent naître des monstres.
La contre-élite n’a de justification que dans la mesure où elle représente l’intérêt général, ce qui comprend, sans s’y limiter, les intérêts des populations qui n’ont pas droit au chapitre.
Pour ce qui me concerne, je ne moque d’appartenir à quoi que ce soit. La devise républicaine suffit à mon bonheur : Liberté d’initiatives, égalité de droits, fraternité d’armes.
Et vous ?