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Culture et addictions

13-04-2026

Chaque groupement humain, en fonction de son lieu de vie, a pu développer des addictions particulières qui ont essaimé par la suite par l’effet des brassages de population et des stratégies de domination et de commerce.

En quoi et en quels sens, la composante culturelle peut-elle jouer un rôle dans la maitrise des addictions ?

Nous pouvons distinguer la culture ambiante qui accompagne chaque addiction et les formes de culture favorables à la libération de la tutelle addictive.

La culture ambiante vis-à-vis des addictions associe une forme de tolérance et des mesures règlementaires qui visent à en contrôler les néfastes. Elle reflète une ignorance relative tant sur les éléments susceptibles de favoriser une addiction que sur les moyens de la surmonter.

Si l’on s’intéresse aux histoires individuelles, nous pouvons retenir la banalisation des produits et des pratiques aboutissant aux addictions. Cette banalisation a une originale sociétale. La compatibilité addictive a des origines diverses que l’on peut habituellement identifier par les entretiens d’histoire. La sortie de l’addiction a d’autres correspondances qui commandent l’organisation des réponses en termes de soin, de connaissances partagées et d’accompagnement.

D’un point de vue plus spécifiquement culturel, les sources de résolution du problème comprennent :

  • L’apport des aidants, c’est-à-dire de personnes ayant les expériences de la période de l’addiction, de la période de levée de l’addiction – période de déconstruction mentale des « raisons » de boire –, puis de la période du hors-addictions, permise par une élaboration mentale et d’une réorganisation de la vie personnelle- ;
  • L’apport de soignants catalyseurs actifs de ces évolutions
  • Un lieu d’élaboration mental partagé par les aidants et les soignants
  • Un élargissement des références culturelles, permis par le travail en groupe et les investissements individuels facilitant l’esprit critique et le bien-être. Parmi ces références, l’axe philosophique est probablement le plus nécessaire.

En quoi, la culture alcoologie et la culture générale sont-elles utiles à votre bien-être ?

Les différentes créativités comme alternatives aux addictions

30-03-2026

Le sens commun associe de façon réductrice la créativité au domaine artistique. À l’occasion de l’HBA de cette semaine, nous proposons de réfléchir aux différentes créativités susceptibles d’aider à se détacher des addictions.

Certaines personnes se croient dépourvues de créativité et s’en trouvent dévalorisées. Nous pourrions leur faire remarquer que la répétition des mêmes gestes favorise l’apprentissages qui va permettre les variations et les improvisations. Nous savons combien l’intégration de l’usage du numérique peut dégager de blocages et de souffrances. Un pianiste peut en témoigner plus encore quand il s’entraîne pour jouer une partition. En retour, la maîtrise de la technique ne signifie pas que l’on soit maîtrisé par elle, ce qui arrive quand l’addiction fait suite à l’accoutumance. Les addicts à l’outil numérique sont légion et ils en perdent toute ou partie de leur créativité. Un des pièges de l’intelligence artificielle est de laisser penser qu’il est possible de faire l’économie de l’expérience et du goût pour devenir créatif.

Ce qui est de l’ordre de l’habitude témoigne d’une assimilation de savoir-faire utilisable pour entreprendre des activités nouvelles. La créativité demande technique et patience. Elle ne jaillit pas du néant. Il existe une part d’imitation dans la créativité, mais il ne s’agit pas d’un copier-coller.

La société établit des distinctions classantes en matière de créativité. Elles participent à l’acquisition d’un capital culturel, comme parler comme Bourdieu. Les œuvres à la mode peuvent avoir une valeur marchande surprenante, avant d’être disqualifiées et de tomber dans l’oubli. Nous n’avons pas l’obligation de valider ce qui est donné comme référence : « Un verre, ça va, trois verres, bonjour les dégâts ». Le soin addictologique peut mettre en avant des expressions contraires, telles que « Un verre, c’est trop, dix ou vingt, pas assez », ou encore, peut-être encore plus provoquante : « L’alcool festif, ça n’existe pas ».

Dans le champ des addictions, il est relevé une forme de créativité rattachée aux stratégies de dissimulation de l’addiction. Certaines cachettes ne sont révélées ingénieuses et amusantes. Rapidement, elles n’abusent que le premier concerné.

Il existe plusieurs types de créativité post-addiction et nous pouvons essayer de les distinguer, sans prétendre à l’exhaustivité.

S’appliquer à penser par soi-même (avec l’aide des autres : interlocuteurs, mais également livres et autres outils culturels) est une forme de créativité sous-évaluée.

Cette habitude tranche avec les prêt-à-penser et avec ce qui peut en découler : le langage du perroquet (psittacisme). La fluidité et la maitrise du langage appartient à l’intelligence créative, au même titre que la musique ou la cuisine.

Il est sans doute imprudent de confondre le support et la créativité elle-même et, plus encore d’assimiler alcool et création. Dans Amadeus, Mozart compose sur une table de billard. Il lance la boule, écrit des notes, prend un verre, recommence… Le génie de la musique n’a rien à voir avec l’alcool, en dehors de l’effet désinhibiteur et anxiolytique de la molécule. Dans la plupart des cas, l’alcool altère les capacités du sujet. Tel cuisinier de talent perdra la finesse du goût après un verre d’alcool ou une cigarette. Il salera trop ou pas assez. Tel ouvrier de précision évitera de boire pour bien réaliser sa tâche. Il boira rentré chez lui. Il évitera ainsi un accident de travail, ne serait-ce qu’en ne s’imposant pas une cadence excessive, comme dans « La classe ouvrière va au paradis ». Il est préférable de s’atteler à l’écriture, le matin, au calme, dans le silence, après une bonne nuit de sommeil.

Il existe une créativité d’organisation qui tient compte de l’expérience et qui s’en nourrit. La créativité évolue dans le temps, dans la confrontation à la diversité des réalités. La mise en jeu de l’éthique elle-même, suppose une intégration pour pouvoir se positionner de façon créative, à un instant.

La créativité reste (r)évolutionnaire, à la différence de ce qui est donné par la culture de consommation, avec les voyages organisés, les économies de réflexion apportées par l’intelligence artificielle. La publication de livres, intelligemment conformes ou originaux en sera facilitée. Personne n’a encore écrit un livre sur l’aventure de l’AREA…

Quelle place faites-vous à la créativité dans votre vie ?  

Le sens des opportunités

23-03-2026

Après avoir discuté des avantages de la « froide raison » et avant de confronter nos créativités, il semble opportun de discuter du sens des opportunités.

L’occasion fait le larron, dit-on. Les larrons justifient les policiers. Pour retrouver la tranquillité, selon certains avis, nous aurions besoin de plus de plus de policiers, en dépit du fait que les policiers peuvent aussi se comporter en larrons, sous le qualificatif de ripoux. Cette faillibilité très humaine donne l’opportunité aux fabricants de caméras de surveillance d’en proposer à tous les coins de rue. Le plus exemplaire des Maires serait sans doute celui qui accepterait de vivre sous le regard permanent d’une caméra de surveillance. Plus faciles : les opportunités de boire de l’alcool ou de faire ses emplettes en cannabis, en cocaïne et toutes autres productions chimiques du génie humain, y compris en se faisant livrer. Ce dernier procédé compromet l’efficacité des caméras de surveillance. En revanche, il donne aux surveillants des échanges numériques l’opportunité de traquer les contrevenants. Bernard de Mainville a raison : nos vices de petites abeilles donnent l’opportunité de booster l’économie.

Bref, l’opportunité à plusieurs sens, plus ou moins interdits.

Les opportunistes ont la réputation de toujours tourner leur veste du bon côté, jusqu’à retourner leur pantalon, quand elle craque de tous les côtés. Ils font confiance aux électeurs, si on en croit Jacques Dutronc.

Pour une personne ayant maille à vivre libre face à l’addiction, il n’est pas si facile d’avoir le sens des opportunités, d’abord parce qu’elles ne se présentent pas facilement, ensuite parce qu’il convient d’être suffisamment prêt pour les saisir, enfin parce qu’une fois saisie, l’opportunité ne doit pas être abandonnée, avant d’avoir suffisamment changé. Le paradoxe est qu’il n’est jamais réellement opportun de s’en écarter dans la mesure où les changements intervenus doivent être entretenus. Ainsi, le groupe de parole et l’état d’esprit qu’il entretient, indépendamment des événements de vie. D’autres opportunités pourront être saisies sans les gâcher.

L’expérience prouve que le monde orwellien dans lequel nous vivons offre, très inégalement, des opportunités qui pourraient contredire ses règles. L’immense majorité des gens sont d’accord pour qu’il se perpétue, par égoïsme, conformisme, ignorance, imprévoyance et/ou bêtise.

Dès lors, comment déclinez-vous pour vous le sens des opportunités ?

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