22-06-2026
Dans le train… Donc, en vacances…
La nouvelle petite bourgeoisie issue de Mai 68, future sous-élite et même élite du monde néolibéral, aimait déconsidérer le travail. Elle rappelait volontiers que l’étymologie du mot désignait un moyen de torture moyenâgeuse. Le travail se réduisait à un « déplaisant moyen de gagner de l’argent » pour les philosophes déconstructivistes qui lui servaient de nouveaux guides. Le refus et le dédain du travail pénible, exigeant, mais socialement nécessaire, a été une des raisons de l’ouverture des frontières exigée, par ailleurs, par le globalisme financier. Un philanthropisme de façade a permis de confier la majorité des tâches ingrates aux nouveaux arrivants et de réserver les tâches d’encadrement et de gestion, réputées moins pénibles, aux classes moyennes, hautes et basses, disposant des qualifications adéquates. Une discrète détestation des paysans et des ouvriers a suivi. Le modèle de l’Etat-Nation a été décrié, alors même qu’il permettait un niveau enviable en termes de santé publique et d’éducation pour tous. La petite bourgeoise a préféré penser américain, dans le sillage de l’élite européiste, avant de prendre, récemment, acte que le Grand frère américain ne se souciait plus d’elle. Elle se reclasse, comme elle peut, aujourd’hui, dans les grands groupes du Marché. Elle s’efforce d’imiter la moyenne bourgeoisie qui préfère acheter des actions en bourse et vivre de cette rente, tout en plaçant ses enfants dans les circuits les plus confortables. Les pauvres peuvent toujours rêver de s’enrichir par les jeux et les paris en ligne. Betclic is good for you.
Depuis longtemps, la bourgeoisie a réussi l’exploit de faire confondre travail et salariat. Au mépris de la décence commune, elle paye l’activité en fonction de ce qu’elle rapporte. Elle déconsidère le travail en ignorant le temps imparti et le savoir-faire pour le mener à bien. Elle tue la créativité rattachée au travail en morcelant celui-ci, en l’automatisant, et s’indigne ensuite du désintérêt et de l’épuisement paradoxal induit par ce genre de travail répétitif, coupé des réalités et des relations humaines. Elle cantonne la créativité à ce qui occupe le marché de l’attention grâce aux possibilités sans cesse accrues de la révolution numérique. L’homme est ainsi en passe d’être remplacé. Il pourra toujours s’addicter pour tuer le temps.
Le domaine des addictions ne saurait donc échapper à ces évolutions. Le narcotrafic répond désormais à une logique d’entreprise moderne à la recherche d’un maximum de profits.
L’élite utilise certaines addictions pour être performante, et oublier, un temps, son insignifiance. Elle permet à la masse de l’imiter pour festoyer, oublier ses soucis, effacer tout esprit critique.
L’addicté est un client privilégié, un citoyen exemplaire par le travail qu’il fournit à une multitude d’acteurs, par le mépris, la compassion et la suffisance qu’il inspire à ceux qui pratiquent l’excès avec modération.
Notre définition du travail et la considération que nous lui portons se distinguent sans difficulté de celle des parvenus.
Le travail définit, à proprement parler, l’activité humaine. On parle d’amour du travail mais il est aussi un moyen d’aimer.
Le travail s’associe au temps, à l’attention, à la réflexion, à l’intelligence, au souci de ce qu’il produit. Sa finalité est de faire lien, de répondre à un besoin.
Le travail est une liberté sous contrainte et une contrainte inspirée par la liberté.
Sa rétribution pose problème. Elle témoigne aujourd’hui de ce quoi est fait le travail aujourd’hui : un moyen de gagner de l’argent, en faisant vivre le système économique et social, indépendamment de ce qui en fait l’intérêt du travail.
Nous ne le savons que trop. Si nous réfléchissons aux différentes caractéristiques du soin alcoologique et addictologique et à ce qui devrait constituer une politique de prévention efficace, nous prenons conscience que les différentes caractéristiques de l’offre de soin épousent les besoins du système et de ceux qui en vivent. Pour ces raisons, il est impossible de faire prévaloir une offre de soin adaptée aux besoins de l’ensemble de la population. Le Pouvoir et ses acolytes ont besoin de rester sourds et aveugles.
Nous ne pouvons agir qu’à la marge, pour autant que nous réunissions les moyens logistiques et financiers nécessaires, ce qui sera de moins en moins possible. Le chacun pour soi progresse inexorablement.
La lutte de classe a longtemps été présentée comme une idée de marxistes et de socialistes. En réalité, elle est pratiquée depuis toujours par les classes sociales au pouvoir. Nous pourrions avancer l’idée que leur lutte de classe a atteint son objectif : elle a transformé les classes exploitées en masses, instrumentalisées par les valeurs de la société néolibérale : la consommation, l’acculturation critique et éthique, la gadgétisation des humains, la disparition du lien social, la chosification de l’autre. La surdité des diverses institutions de la République à nos propositions méthodologiques découle de cette haine informulée contre soi et ce qui fait l’humain, l’activité socialement utile et épanouissante, que l’on nomme encore parfois travail.
Le travail résonne, pour nous, comme une source d’élaboration mentale, de lien relationnel, d’utilité sociale, de créativité, de pénibilité – certes mais pourquoi pas ? – d’accomplissement et de plaisirs…
Quelles formes de travail privilégiez-vous, aujourd’hui ?