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S’obstiner ou persister ?

15-06-2026

En commençant la rédaction de ce thème, je ne peux que penser à l’interrogation existentielle d’Hamlet, repris sur scène, par un acteur suspicieux de la fidélité de sa femme, dans le célèbre film de Lubitsch : To be or not to be.

Avec le temps qui passe et les difficultés qui s’accumulent, la question a pris le même accent tragique pour notre activité. Il est de moins en moins évident de faire la différence entre l’obstination vaine et la persévérance utile.

La différence est relativement simple à établir pour la personne confrontée à sa dépendance alcoolique. S’obstiner, à l’insu de son plein gré, dans son addiction, dans la recherche d’un imaginaire contrôle est, certes, une perte de temps, d’énergie et de chance. Persister dans la sobriété, en dépit de la dépression qui peut suivre (comme pour William Styron, « Face aux ténèbres, cf fiche), en dépit des difficultés rencontrées, est une aventure qui exige d’être accompagné pour être supportable. Nous aurons plaisir à entendre chaque témoignage ayant choisi de « persister ».

Pour l’AREA, en ce milieu d’année 2026, la question prend une tournure inquiétante. Les dotations publiques, revues régulièrement à la baisse, depuis plusieurs années, laissent planer un risque léthal à court terme. Nos cotisations ne couvrent pas les besoins vitaux. Les dons sont une possibilité. L’inertie, l’inaccessibilité et l’indifférence vérifiées des diverses institutions œuvrant dans le champ des addictions ne laissent pas d’espoir. Nos capacités d’expression publique sont des plus limitées. Une conférence ne fait pas le printemps. L’édition d’un livre contributif – à écrire – sera une aventure. Interpeler, en cette année d’élection présidentielle, les principaux candidats est un jeu de société dont on imagine à l’avance la vanité. Le débat public atteint un tel niveau d’aveuglement qu’il est illusoire de penser qu’il permettrait des échanges d’un niveau utile. Dès lors, la persévérance tend à s’effacer devant l’obstination, avec ses dangers.

To be or not to be, telle est donc la question.

Comment la déclinez-vous aujourd’hui ?

Comment entendez-vous exprimer votre citoyenneté ? 

Les vacances

8 Juin 2026

Le 8 juin, en fin de journée, j’arrivera à Bartenheim, au-dessous de Mulhouse, en Alsace, après un ricochet sur Bâle, en raison de la correspondance ferroviaire. Nous y retrouverons pour une semaine mes deux plus jeunes petits-enfants, ado et préadolescent, car leurs parents sont simultanément indisponibles, occupés ailleurs.

Pour les participants à la réunion, mon absence peut être l’occasion de réfléchir à la question des vacances.

A priori, la vacance – la disponibilité – est un temps soulagé des contraintes habituelles. Les préoccupations la contrarient.

Il existe bien d’autres critères de distinction.

Pour quelqu’un qui a été concerné par une ou plusieurs addictions, les vacances constituent un temps délivré de la tutelle des « produits » ou des habitudes addictives. Autrement, quels que soient le lieu, l’entourage ou les activités, chaque jour sera marqué par les contraintes de la consommation et de la compulsion, avec les effets qui s’y rattachent.

Les vacances ne sont pas nécessairement synonymes de liberté et de plaisir. Il est nécessaire de veiller, dans ces moments, à préserver ses libertés résiduelles et à en faire le meilleur usage possible.

De plus en plus de personnes ne partent pas ou plus en vacances. Elles doivent donc organiser leurs vacances avec les libertés et les moyens dont elles disposent.

À côté des vacances liées aux résidences secondaires, à la mer ou en montagne, aux voyages organisées, aux séjours saisonniers ou exotiques du tourisme de masse, dont celui réservé aux élites, il y a place pour le rêve, l’initiative, la liberté, la tranquillité, la solitude, la créativité, la culture, l’écriture et même des rencontres.

Bref, il y a les vacances du conformisme et de la conformité et les vacances de retrouvaille avec la Nature, pour les citadins, avec l’Histoire, avec soi-même.

La démarche pour lever l’addiction s’inscrit dans une recherche de sobriété vacancière.

Comment la concevez-vous ? Y parvenez-vous ?

Les personnes compatibles

1er Juin 2026

L’HBA nous donne l’occasion de réfléchir à un thème inédit, celui des « personnes compatibles ».

Au moment de la démarche et plus encore de l’action de soin, chaque personne dispose d’un relationnel, plus ou moins diversifié. Il est banal d’admettre qu’il soit en crise, même si la présence de personnes bienveillantes et/ou lucides est habituelle. De façon significative, un proche se fait connaître. Il agit souvent en éclaireur ou en incitateur. L’état d’inorganisation de la filière de soin explique que le médecin généraliste ne soit pas très souvent l’élément facilitant.

Une des tâches en addictologie humaniste est de faire un état de la situation relationnelle au niveau affectif, familial, professionnel et social. La relation vise un meilleur étayage intérieur.

Sur qui va-t-on pouvoir compter ? Comment faire respecter les distances nécessaires aux proches pour permettre à l’intéressé(e) de se prendre en mains et affronter le quotidien sur les bases de la sobriété ? Comment rendre les proches compatibles ?

Assez vite, vont se distinguer des personnes compatibles, d’autres qui peuvent le devenir, d’autres, malheureusement, dont il faudra s’éloigner parce que la relation avec la personne addicté(e) se fonde précisément par la présence de l’addiction.

La personne addicté(e) va devoir trouver d’autres partenaires pour se donner le temps de modifier ses représentations, ses fonctionnements intriqués avec l’addiction. Indépendamment du soignant ou des soignants en charge d’accompagnement, des aidants et des activités d’élaboration permises par l’association, la personne addicté(e) aura à faire un tri sélectif à la fois pour se protéger et pour élargir son horizon relationnel.

Quelles difficultés, quelles décisions, quels types de soutien et d’investissement avez-vous trouvé et fait vivre dans votre démarche de rééquilibrage et d’élargissement relationnel ? Disposez-vous aujourd’hui de personnes ou, à défaut, d’activités « compatibles » ?

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