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La foi, l’espérance et la charité

06-07-2026

La situation financière de notre activité d’alcoologie peut, sans exagération, être qualifiée de critique. Les prévisions en termes de continuité, de transmissibilité sont relativement sombres à trois mois, nos dépenses étant incompressibles. Nous ne parlons même plus de pérennité. C’est, en conséquence, le moment de proposer un thème spirituel au groupe et aux adhérents actuels et passés, soit la Foi, l’Espérance et la Charité, trois vertus théologales, qui méritent d’être confrontées au réel. C’est, en effet, dans le feu de l’action et au cœur du doute, qu’elles justifient de susciter la réflexion. Nous voudrions manifester qu’elles renvoient à notre liberté.

Qu’est-ce que la Foi ? Nous pouvons la définir comme la conviction d’un meilleur possible, d’une surprise salvatrice. Il y a quelques années, déjà, à la suite de la suppression d’une dotation de l’ARS, acquise de haute lutte, nos finances avaient été au plus mal. Un don doublement miraculeux était intervenu. Il émanait d’un patient breton, amoureux de Toulouse, venu chercher « la solution » à Toulouse et, depuis fidèle participant à nos conférences. Il se disait condamné et soldait ce qui estimait pouvoir distraire de l’héritage à sa veuve et à ses deux enfants. Le second miracle avait eu pour nom le refus de sa médecin généraliste de l’envoyer mourir en soins palliatifs. Ce refus avait coïncidé avec l’arrivée de l’immunothérapie. Le cancer, au stade de diffusion, avait régressé au point que notre ami breton était venu me voir, en plein forme, partager une soirée et un repas, après un passage obligé à Ombres Blanches. C’est ce type d’homme qui fait que votre serviteur choisira d’aller au-delà du possible. Nous avions – il est vrai– à faire à un vrai breton qui n’hésitait à traverser l’Atlantique en bateau à voile. D’autres, avant lui et depuis, ont manifesté leur bonté discrète et leur générosité, sans même qu’il soit question de reconnaissance.

L’espérance évoque la formule stoïcienne : il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. Cette force, qui dépend de la première, correspond à l’énergie que procure le fait de maintenir le cap, de continuer à agir au mieux des possibilités, à se réjouir de chaque réussite individuelle, à ne juger personne, à chercher des solutions sans relâche, telle la mouche qui cherche la lumière à travers la vitre. L’espérance se nourrit de projets : une conférence de plus, un livre de plus, une équipe d’HBA de plus, soit une butée qui recule à mesure que la progression se poursuit. L’espérance renait chaque matin, à l’aube ou même à la nuit finissante.

La charité fonctionne à double sens. Elle demande humilité et reconnaissance pour celui qui reçoit. Et curieusement, elle exige aussi humilité et reconnaissance pour celui qui donne. Sans doute, parce que nous ne sommes pas faits que de gentillesse et que, n’en déplaise à Cynthia Fleury, nous pouvons être travaillés par le ressentiment et l’amertume, et pour nous épargner le mépris, nous pouvons faire nôtre le dicton de La Fontaine : Il est bon d’être charitable, le point est de savoir avec qui.

Comme chacun pourra éventuellement en témoigner, la foi, l’espérance et la charité ne sont pas les propriétés d’une religion. Elles lui font cependant honneur. Celle-ci mérite considération pour sa contribution à une spiritualité qui s’accorde plutôt bien avec l’ascèse de la sobriété.

Comment déclinez-vous ces trois notions ? De quelles façons vous parlent-elles ?

Echanges sur les principaux aspects de notre pratique : l'alcoologie relationnelle

29/06/2026

 

Bonjour,

Ce soir, la séance de groupe sera consacrée à un échange sur les principaux aspects de notre pratique d'accompagnement des personnes ayant eu maille à partir avec l'alcool ou une autre addiction.

L'échange servira de repères avant la rédaction d'une article de fond pour la vue Santé Mentale, une référence dans ce domaine.

Le texte est en cours de rédaction.

                                                                Dr Gomez

Le travail versus addictions

22-06-2026

Dans le train… Donc, en vacances…

La nouvelle petite bourgeoisie issue de Mai 68, future sous-élite et même élite du monde néolibéral, aimait déconsidérer le travail. Elle rappelait volontiers que l’étymologie du mot désignait un moyen de torture moyenâgeuse. Le travail se réduisait à un « déplaisant moyen de gagner de l’argent » pour les philosophes déconstructivistes qui lui servaient de nouveaux guides. Le refus et le dédain du travail pénible, exigeant, mais socialement nécessaire, a été une des raisons de l’ouverture des frontières exigée, par ailleurs, par le globalisme financier. Un philanthropisme de façade a permis de confier la majorité des tâches ingrates aux nouveaux arrivants et de réserver les tâches d’encadrement et de gestion, réputées moins pénibles, aux classes moyennes, hautes et basses, disposant des qualifications adéquates. Une discrète détestation des paysans et des ouvriers a suivi. Le modèle de l’Etat-Nation a été décrié, alors même qu’il permettait un niveau enviable en termes de santé publique et d’éducation pour tous. La petite bourgeoise a préféré penser américain, dans le sillage de l’élite européiste, avant de prendre, récemment, acte que le Grand frère américain ne se souciait plus d’elle. Elle se reclasse, comme elle peut, aujourd’hui, dans les grands groupes du Marché. Elle s’efforce d’imiter la moyenne bourgeoisie qui préfère acheter des actions en bourse et vivre de cette rente, tout en plaçant ses enfants dans les circuits les plus confortables. Les pauvres peuvent toujours rêver de s’enrichir par les jeux et les paris en ligne. Betclic is good for you.

Depuis longtemps, la bourgeoisie a réussi l’exploit de faire confondre travail et salariat. Au mépris de la décence commune, elle paye l’activité en fonction de ce qu’elle rapporte. Elle déconsidère le travail en ignorant le temps imparti et le savoir-faire pour le mener à bien. Elle tue la créativité rattachée au travail en morcelant celui-ci, en l’automatisant, et s’indigne ensuite du désintérêt et de l’épuisement paradoxal induit par ce genre de travail répétitif, coupé des réalités et des relations humaines. Elle cantonne la créativité à ce qui occupe le marché de l’attention grâce aux possibilités sans cesse accrues de la révolution numérique. L’homme est ainsi en passe d’être remplacé. Il pourra toujours s’addicter pour tuer le temps.

Le domaine des addictions ne saurait donc échapper à ces évolutions. Le narcotrafic répond désormais à une logique d’entreprise moderne à la recherche d’un maximum de profits.

L’élite utilise certaines addictions pour être performante, et oublier, un temps, son insignifiance. Elle permet à la masse de l’imiter pour festoyer, oublier ses soucis, effacer tout esprit critique.

L’addicté est un client privilégié, un citoyen exemplaire par le travail qu’il fournit à une multitude d’acteurs, par le mépris, la compassion et la suffisance qu’il inspire à ceux qui pratiquent l’excès avec modération.

Notre définition du travail et la considération que nous lui portons se distinguent sans difficulté de celle des parvenus.

Le travail définit, à proprement parler, l’activité humaine. On parle d’amour du travail mais il est aussi un moyen d’aimer.

Le travail s’associe au temps, à l’attention, à la réflexion, à l’intelligence, au souci de ce qu’il produit. Sa finalité est de faire lien, de répondre à un besoin.

Le travail est une liberté sous contrainte et une contrainte inspirée par la liberté.

Sa rétribution pose problème. Elle témoigne aujourd’hui de ce quoi est fait le travail aujourd’hui : un moyen de gagner de l’argent, en faisant vivre le système économique et social, indépendamment de ce qui en fait l’intérêt du travail.

Nous ne le savons que trop. Si nous réfléchissons aux différentes caractéristiques du soin alcoologique et addictologique et à ce qui devrait constituer une politique de prévention efficace, nous prenons conscience que les différentes caractéristiques de l’offre de soin épousent les besoins du système et de ceux qui en vivent. Pour ces raisons, il est impossible de faire prévaloir une offre de soin adaptée aux besoins de l’ensemble de la population. Le Pouvoir et ses acolytes ont besoin de rester sourds et aveugles.

Nous ne pouvons agir qu’à la marge, pour autant que nous réunissions les moyens logistiques et financiers nécessaires, ce qui sera de moins en moins possible. Le chacun pour soi progresse inexorablement.

La lutte de classe a longtemps été présentée comme une idée de marxistes et de socialistes. En réalité, elle est pratiquée depuis toujours par les classes sociales au pouvoir. Nous pourrions avancer l’idée que leur lutte de classe a atteint son objectif : elle a transformé les classes exploitées en masses, instrumentalisées par les valeurs de la société néolibérale : la consommation, l’acculturation critique et éthique, la gadgétisation des humains, la disparition du lien social, la chosification de l’autre. La surdité des diverses institutions de la République à nos propositions méthodologiques découle de cette haine informulée contre soi et ce qui fait l’humain, l’activité socialement utile et épanouissante, que l’on nomme encore parfois travail.

Le travail résonne, pour nous, comme une source d’élaboration mentale, de lien relationnel, d’utilité sociale, de créativité, de pénibilité – certes mais pourquoi pas ? – d’accomplissement et de plaisirs…

Quelles formes de travail privilégiez-vous, aujourd’hui ?

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