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8 Mars 2021

Une des formules les plus célèbres d’Antonio Gramsci signale : « Il y a crise quand le neuf ne peut pas naitre et le vieux ne veut pas mourir ». Cette opinion est intéressante à discuter pour la problématique alcoolique comme pour la société tout entière.

La problématique alcoolique confronte effectivement cette opposition. Le vieux désigne ce qui est derrière soi et qui ne veut pas mourir. Nous retrouvons, au moment de la démarche de soin et par la suite, l’emprise du passé qui perdure souvent sous la forme de relations toxiques, plus ou moins envahissantes de la psyché du patient. Certains peuvent dire, à juste raison, qu’il leur a fallu poser le verre et s’investir dans l’accompagnement pour « guérir enfin de leur enfance ». Tant que le vieux n’est pas mort, le nouveau ne peut pas naitre ! La naissance du nouveau est d’autant plus compliquée que les outils conceptuels, méthodologiques et structurels font largement défaut. Une autre difficulté doit être prise en compte. Le nouveau, c'est-à-dire le meilleur de la personnalité, libérée de ses aliénations, a d’autant plus de mal à naitre que l’environnement est défavorable.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les mutations sociétales, avec l’ambiance de dictature créée par la généralisation du numérique et de crainte de l’autre - possiblement contaminant ! - ont des origines vieilles d’un siècle. Une grande partie de l’ouvrage de Barbara Stiegler « Il faut s’adapter » présente la pensée d’un des meilleurs théoriciens du néo-libéralisme, Walter Lippmann. Contrairement à l’autre théoricien du libéralisme nord-Américain Milton Friedman, Lippmann comptait sur l’Etat, les superstructures d’Etat et leurs annexes pour contrôler les populations et les soumettre. Il faut reconnaitre que les addictions s’intègrent parfaitement à ce projet politique. Elles servent l’économie et donc la finance. Elles anesthésient et rendent esclave au nom de la liberté.

La problématique alcoolique est donc concernée totalement par la dialectique du neuf et du vieux. À l’heure actuelle, le vieux a pris le masque du neuf pour nous liquider en tant qu’humains soucieux de liberté.

Comment déclinez-vous pour vous la dialectique du vieux et du neuf ? 

 

1er Mars 2021

En consultation, une patiente s’est exclamée : « J’ai peur de tout ! ». J’ai trouvé que sa confidence justifiait une mise en discussion.

Avant d’aborder la question, je vais vous raconter une partie de ma matinée. Elle pourrait faire peur. Hier, mon épouse n’a pu réaliser des transactions élémentaires à notre agence bancaire de quartier, au nom du principe de précaution. Alors que nous sommes clients de cette officine depuis son ouverture, le nouveau responsable n’a rien voulu entendre. Mon épouse qui gère ce secteur de l’activité n’avait pas de procuration ! Je me suis rendu à l’Agence ce matin. J’ai rencontré une des trois personnes connues par mon épouse. En dépit de son amabilité et de son ordinateur, il ne lui a pas été possible de me remettre les chéquiers commandés ni de me donner le document qui m’aurait permis de donner procuration.

Dans le même temps, une dame plutôt âgée exprimait son étonnement à un élégant employé de ne pouvoir retirer l’argent des courses, alors que sa carte bancaire n’était pas bloquée. Il lui été proposé de se déplacer au centre-ville, à la maison-mère, pour disposer de ce qu’elle souhaitait. En quittant l’établissement, j’ai vu avec satisfaction que la dame prenait l’initiative d’entrer dans le bureau du Directeur de l’Agence pour s’expliquer avec lui.

Je me suis rendu, en suivant, au magasin de fournitures médicales où je me sers. Deux vieux messieurs triaient des déchets à proximité. Ils m’ont expliqué que le magasin avait fermé depuis trois mois.

Ainsi va le monde ! J’ai pu trouver un autre magasin de fourniture médicale dans le quartier. C’était un jour de livraison. Je devrai repasser après-demain.

Cette disgression me permet d’exprimer une « peur » et de la faire disparaitre en la racontant.

Tout vous fait-il peur ?

D’où vous vient cette peur ?

Qu’est-ce qui vous fait le plus peur ?

Lundi 22 février 2021

 L’avenir de notre jeunesse peut se concevoir sous deux angles totalement opposés : notre propre jeunesse comme sujet et la jeunesse comme catégorie sociologique.

Il est naturel, en tant que parent comme en tant qu’adulte responsable de se préoccuper des jeunes générations. Notre propre histoire rend compte de l’influence des modèles qu’ont représenté nos parents. Nous avons pu mesurer leur impact affectif et éducatif sur notre développement. Nous avons pu apprécier la façon dont ils se sont situés dans la vie professionnelle et sociale. Nous pouvons nous interroger à notre tour sur l’impact que nous avons pu avoir sur nos enfants et sur l’influence que nous pouvons encore avoir sur eux.

Les transformations sociales, technologiques et culturelles ont bouleversé les relations entre les générations. Les mutations se font même à l’intérieur d’une même génération, tant les évolutions se sont accélérées depuis ces dernières dizaines d’année. Quelles sont les bases d’un dialogue possible ? L’écriture de « Anesthésie générale » peut se comprendre comme un effort de dialogue entre générations. La longévité professionnelle permet l’expression d’une mémoire et de points de vue qui peuvent avoir la valeur de la nouveauté. En même temps, l’écriture fait toute sa place au présent et pose ainsi la question de l’avenir.

À titre individuel, nous pourrions défendre l’idée que la jeunesse est le temps que l’on a devant soi, le reste faisant partie des souvenirs, agréables ou non. Comme disent parfois les anciens, nous ne serons jamais aussi jeunes qu’aujourd’hui. L’essentiel n’est-il pas en définitive de tenter de « faire vivre l’enfant qui est en nous » ? La question peut se déplacer sur cet enfant qui est en nous. À quoi correspond-t-il ? Comment faire pour qu’il tire avantage de l’expérience acquise comme adulte ?

 Avez-vous l’impression de porter en vous cet « enfant » ?

Comment vous attachez-vous à le faire vivre ?